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L’engagement des sauveteurs en mer

11122009

Défiant de furieux coups de chien, l'engagement des sauveteurs embarqués de la SNSM est total. Crédit photo : SNSM
Défiant de furieux coups de chien, l’engagement des sauveteurs embarqués de la SNSM est total. 

REPORTAGE – Les 5 000 bénévoles réunis au sein de la SNSM s’inquiètent de l’imprudence et du sans-gêne d’un nombre croissant de plaisanciers.

L'engagement des sauveteurs en mer  dans mer et soleil coeur-À travers une mer d’encre, battue par de grosses vagues ourlées de nacre, la vedette SNS 142 La Teignouse fait cap vers l’horizon. Puissante embarcation de quinze mètres basée sur la presqu’île de Quiberon, elle est prête à rayonner sur un théâtre chahuté de cinquante nautiques entre les îles de Groix, Hoëdic, Houat et Belle-Ile-en-Mer. Défiant de furieux coups de chien, slalomant entre pointes de roche et «graines de menhir» sous-marins qui menacent de balafrer les coques, l’insubmersible navire est taillé pour l’extrême. Saint Bernard des marins en perdition, il fait partie de la flotte des 170 patrouilleurs de la Société nationale des sauveteurs en mer (SNSM).

Une vénérable institution qui a fêté ses quarante ans et demeure un des clous du salon nautique qui se tient actuellement à Paris. Digne rejeton de la mythique Société centrale de sauvetage des naufragés et des hospitaliers sauveteurs breton créée à l’aurore du XIXe siècle, la SNSM essaime aujourd’hui 225 stations le long du littoral français. Ses 5 000 sauveteurs bénévoles – les derniers à avoir ce total désintéressement dans l’univers des secours – sont intervenus une quinzaine de fois par jour en 2008, pour sauver au total 605 personnes d’une mort certaine. Soit l’équivalent de deux avions de ligne dont les vies des passagers auront été épargnées sans faire la une des journaux. Presque sans faire de vague.

 

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*Un équipage hétéroclite

Du genre taiseux, Gérard, ancien pêcheur de 50 ans bombardé «patron» de la vedette La Teignouse, est l’archétype du bénévole animé par une irrépressible envie de se coltiner avec la mer, d’avoir la fierté des beaux bateaux et de connaître l’ivresse des sauvetages. Pugnace, ce loup de mer salarié comme employé communal affiche 1 200 sorties en 24 ans de SNSM.

Une association qui, après s’être reposée sur le savoir-faire des professionnels de la pêche et de la marine marchande, a diversifié son recrutement. Son équipage hétéroclite est formé d’un colossal mécano de l’infanterie de marine à la retraite, d’un bout en train spécialiste radio, d’une miss Bretagne 1997 lancée dans de studieuses études de capitaine de navire à Lorient ou encore du président de station Gérard Kerscaven, ancien marin pompier de Marseille ayant érigé à 64 ans le don de soi en art de vivre.

Pendant longtemps attachée au savoir-faire des pêcheurs et de la marine marchande, la SNSM a dû diversifié son recrutement. «La mise en lambeaux des chalutiers et des fileyeurs bretons ne fera qu’accélérer la fin d’une époque, grimace-t-on sur le quai de la criée. D’ici à dix ans, les plaisanciers vont devoir combler cette précieuse perte de main-d’œuvre, se former et s’investir davantage dans le sauvetage.» Autant dire que le monde de la mer a changé et le sauvetage aussi.

Lors des 83 interventions recensées sur des fiches cartonnées depuis janvier dernier, les 24 sauveteurs de Quiberon ont porté assistance à 61 bateaux en détresse et à une dizaine de personnes s’étant blessées sur les îles environnantes et coupées du monde par vilain temps. «Récemment, nous avons embarqué sur le même bateau un accidenté de la route ayant un traumatisme crânien, un désespéré qui avait tenté de se pendre et une personne âgée foudroyée par un malaise cardiaque, lâche Gérard en scrutant les cinq essuie-glaces qui balaient les vitres détrempées de la cabine. Nous avons aussi pris en une nuit trois femmes enceintes sur le point d’accoucher. Si l’enfant était venu au monde à bord, son lieu de naissance aurait été pour l’état civil Paris, siège de l’association…» Les sauveteurs n’aiment guère évoquer la mort. À Quiberon, on préfère éluder l’histoire de cette quadragénaire tombée par accident de son voilier et morte d’hypothermie à un kilomètre du port. Comme le souvenir toujours douloureux de la tragédie survenue non loin de là, à Etel, où six frères de sauvetage périrent un jour d’octobre 1958 pour secourir Alain Bombard qui testait un nouveau radeau de survie.

D’astreinte une semaine sur deux, chaque bénévole sait qu’il peut être appelé à tout moment. Et appareiller dans le quart d’heure pour une mission inconnue et, souvent, aventureuse. «Nous sommes animés par une foi païenne, souffle Jacques, expert en mécanique. Aider son prochain est notre sacerdoce et l’argent n’a rien à faire dans cette histoire. Nous voulons juste éviter que des plaisanciers négligents nous appellent pour qu’on les tracte jusqu’au port quand le vent est en berne ou qu’ils sont en panne de carburant… Beaucoup croient à tort que tout leur est dû et que nous sommes là pour leur confort.»

Car l’engagement des sauveteurs embarqués de la SNSM a un prix. Jouissant certes d’une exceptionnelle image de marque sur le littoral, il doit composer avec une épouse inquiète de le voir partir par gros temps, un patron irrité par ses intempestifs abandons de poste. Ou encore avec des mauvais payeurs qui contestent les coûts d’intervention. En effet, si la sauvegarde de la vie humaine est gratuite, celle des bateaux est facturée entre 160 et 475 euros de l’heure, en fonction du navire mobilisé. Un pactole reversé dans le carburant et la maintenance d’une armada qui ne cesse de se moderniser. Pour réduire les délais d’intervention et faire que l’eau salée n’ait plus jamais le goût des larmes. (Le Figaro-10.12.09.)

 







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