Derrière chaque homme qui réussit, cherchez la femme

* Les hommes de l’hombre des femmes de pouvoir *

Pano1 

Éminences grises ou anges gardiens, ils se sont rendus indispensables avec leurs conseils éclairés, leur soutien sans complaisance. C’est d’abord vers eux que les dirigeantes se tournent. Elles rendent hommage aux complices de leur réussite. Histoires de confiance et de respect mutuel.« Derrière chaque homme qui réussit, cherchez la femme », dit l’adage. Et si l’inverse était vrai ? Qui sont les hommes qui accompagnent, soutiennent, conseillent ou inspirent les femmes de pouvoir, sans que ce lien soit forcément connu du grand public ? Exceptionnellement, certaines d’entre elles ont accepté d’évoquer pour nous ces piliers qui les ont aidées à se construire. Faut-il les appeler des hommes de l’ombre ? Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva, préfère les définir comme « des hommes qui nous ont fait confiance, nous ont donné du temps, de l’attention, et qui ont posé sur nous un regard bienveillant ». Pour elle, ce fut d’abord Robert Pistre, responsable des ingénieurs des Mines chez Areva, « un miroir sans complaisance, capable de dire les choses sans jamais blesser ». Puis vint Raymond Lévy, président de Renault. « Nous avions parfois des discussions à bâtons rompus, explique la présidente. Pourtant, l’important n’était pas seulement les conseils qu’il me donnait, mais aussi le fait qu’il me considérait comme une interlocutrice intéressante malgré mon jeune âge. »
Comme Anne Lauvergeon, les grandes figures historiques du pouvoir féminin ont toujours tenu à s’appuyer sur des hommes, qui tenaient à l’époque le rôle de conseillers occultes. « Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, réputée pour avoir “vendu” la France aux Anglais, a pu compter sur Louis d’Orléans, puis sur le duc de Bourgogne », rappelle l’historien Philippe Valode (auteur d’ Elles ont fait la France, aux Éditions de l’Archipel). Marie de Médicis et Concini, Anne d’Autriche et Mazarin, Madame de Pompadour et les financiers Pâris, Marie-Antoinette et le duc de Fersen… « Dans une société où le pouvoir était essentiellement masculin, s’entourer d’hommes était pour elles le seul moyen de s’imposer », analyse l’historien.

**Des miroirs rassurantsAujourd’hui, même si les femmes dirigeantes se soutiennent aussi entre elles, grâce notamment aux réseaux féminins, toutes recherchent encore l’appui de figures masculines. « Dans la réalité, ces hommes ne sont pas dans l’ombre, mais à côté d’elles, précise Alix de Poix, coach de dirigeants, du cabinet Apexes. Ce ne sont pas forcément des conseillers, mais des personnes qui sont sur un pied d’égalité avec elles ou qui ont réussi dans un domaine totalement différent. Ils ne leur font pas concurrence.»
Souvent, il peut s’agir aussi de figures d’une autre génération, qui les ont aidées et les renvoient à l’image du père. « Ils agissent comme des miroirs rassurants, poursuit Alix de Poix ; ils leur renvoient l’image de leur propre pouvoir. Ils les légitiment, en quelque sorte. » Anne Lauvergeon, elle, se souvient de son propre grand-père, un homme pourtant « autoritaire et macho ». « Il avait vingt-cinq petits-enfants, et, je ne sais pas pourquoi, j’avais une relation forte avec lui, raconte-t-elle. Grâce à lui, j’ai su très tôt que j’étais quelqu’un de capable. Je n’ai jamais eu peur de travailler dans des milieux masculins. » Remarquées, « adoubées », initiées aux codes du pouvoir, peut-être ont-elles cherché dans un regard masculin, comme l’assure Alix de Poix, l’« autorisation d’y aller ». Un soutien aussi. Devant eux, « elles n’ont pas besoin de leur armure, et peuvent se montrer comme elles sont, avouer leurs faiblesses ou leurs fragilités, sans quoi la tension serait trop forte, le risque de rupture trop grand ».

**Rachel Kahn

Rachel-kahn

PRODUCTRICE DE TÉLÉVISION AVEC SON MARI, JEAN-FRANÇOIS KAHN, JOURNALISTE, ET JÉRÔME GARCIN, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN

UN SOUTIEN : « Jean-François m’a toujours poussée à prendre des risques. Lui l’a toujours fait, c’est un réfractaire congénital. Il m’a encouragée par son attitude, son côté “on y va, on plonge, on apprend”. J’étais douillettement installée à L’Express à la grande époque de 1973-1974. Je pourrais y être encore s’il ne m’avait convaincue d’en partir pour monter une maison d’édition de livres d’art avec un grand architecte, et une émission littéraire avec Jérôme Garcin. Jérôme m’impressionne. Il a su construire la vie qu’il voulait, entre ses chevaux, ses livres magnifiques, sa carrière de journaliste. Il a choisi de quitter la télévision pour aménager ce projet-là. Je suis marquée par ces deux personnes qui ne transigent pas avec leur intégrité. »
UNE INFLUENCE : « Jérôme m’a entraînée dans le monde des mots. Faire des critiques de livres à la télé, être payée pour les lire, je ne pensais même pas que cela existait. Sans lui, je ne me serais jamais autorisée à écrire un roman. Jean-François, lui, est une usine à idées. C’est ma meilleure université. J’aime transformer nos échanges en émissions. Quand je cherche un philosophe radical sur la crise, il me conseille Alain Badiou. Il va me signaler une nouvelle théorie sur Darwin et l’évolution, un débat entre créationnistes et darwinistes, etc. Il lit deux ou trois livres par semaine, alors… »
UNE AFFINITÉ ÉLECTIVE : « Jean-François est l’homme de ma vie. Je l’ai rencontré très jeune, vers 21 ans. Se dire dès le départ “C’est elle, c’est lui” crée un lien indestructible entre deux êtres. C’est un lien quotidien, doublé d’une grande indépendance. Chacun a sa vie, ses amis… Avec Jérôme, nous déjeunons deux fois par an, pas plus, mais on s’appelle, il est là dans les grandes occasions, et nous avons ce passé commun. C’est quelqu’un de précieux dans ma vie. Je suis rassurée qu’il soit là. »

**JÉRÔME GARCIN : « Rachel Kahn est une femme qui ose »

« Nous avons un lien très fort, presque fraternel. Il représente aussi ce que nous avons vécu dans les années 70. Je montais l’hebdo L’Événement du jeudi avec Jean-François et l’émission “Boîte aux lettres” avec Rachel. Nos dîners, nos rencontres étaient animés par une liberté de ton incroyable. Rachel est une femme qui ose, qui se moque du protocole. Elle est entière, une qualité qui n’a pas de prix. »

**Michèle Ferrebeuf

PRÉSIDENTE DU GROUPE DE PUBLICITÉ MCCANN, AVEC SON MARI, DENIS FERREBEUF, CONSULTANT, DIRECTEUR ASSOCIÉ DE RENAISSANCE INSIDE, ET JOËL DE ROSNAY, SCIENTIFIQUE

UN SOUTIEN : « Tous les jours, je me heurte au monde très violent du business. Mon mari Denis m’a aidée à me construire, à faire que ma vie soit remplie d’autre chose. Sans cette sérénité, sans cet homme qui me permet de prendre du recul, j’aurais peut-être disjoncté. Il n’y a pas longtemps, alors que je n’étais pas très bien, il m’a organisé un “voyage à Paris” : un week-end entier avec shopping, brunch, théâtre, amis, tout ce que j’aime. Joël de Rosnay m’aide par son côté visionnaire. Dans les années 80, il parlait déjà des réseaux sociaux. Aujourd’hui, il travaille sur l’homme symbiotique. Ses travaux me sont très utiles dans mes relations avec les clients – qui me demandent sans cesse de quoi demain sera fait – et aussi dans ma façon de faire évoluer l’entreprise. »
UNE INFLUENCE : « De Joël de Rosnay, j’admire l’engagement dans des combats responsables, comme l’écologie. Je suis quelqu’un de très engagé, notamment pour la cause des femmes. Mon mari, artiste de tempérament, me fait rencontrer des gens différents, avec qui je peux refaire le monde… À chaque moment de choix dans ma vie, il a su me poser la question qui m’a fait avancer. Sans lui, je n’aurais peut-être développé que la femme forte, la femme d’affaires performante, au détriment de la femme idéaliste, sensible. Je serais devenue un être odieux. »
UNE AFFINITÉ ÉLECTIVE : « Avec mon mari, nous passons tous nos week-ends ensemble, depuis trente ans. Quant à Joël de Rosnay, je ne le vois pas souvent, mais depuis trente ans je lis ses articles, ses livres, je suis ses conférences. Il représente un peu pour moi la figure du père. Un être foncièrement bon et qui vous fait grandir. »

**JOËL DE ROSNAY : « La même culture de la complexité »

« C’est une visionnaire. Quand elle conçoit une campagne de publicité, elle ne prend pas seulement en compte son produit, mais aussi tout le contexte humain, technologique, émotionnel qui l’entoure. Le succès de la pub Nespresso, réalisée par ses équipes, repose exactement sur cette équation. Les éléments les plus importants du scénario ne sont ni le café, ni la machine, ni même George Clooney, mais l’humour, la séduction, l’autodérision. Nous partageons la même culture de la complexité. »

**Valérie Pécresse

Valerie-pecresse

MINISTRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE, AVEC SON MARI, JÉRÔME PÉCRESSE, DIRECTEUR GÉNÉRAL DÉLÉGUÉ D’IMERYS (MINÉRAUX)

UN SOUTIEN : « On ne peut pas faire carrière en politique si l’on n’a pas conclu un accord familial. Tous les soirs de l’année où j’enchaîne cent quarante meetings, mon mari s’occupe des enfants. Nous avons un partage des tâches très égalitaire. Il m’a poussée à endosser ma vocation en me disant : “Tu t’es occupée de tout au début de ma vie professionnelle ; maintenant, c’est à moi de prendre le relais.” Au début, cela relevait un peu de l’exploit. Il me disait : “J’ai changé ‘ta’ couche et donné ‘ton’ biberon.” Maintenant, nous sommes interchangeables auprès des enfants. Mon père a été également l’un des grands auteurs de mon émancipation. Je n’avais pas assez confiance en moi, il m’a beaucoup encouragée à me dépasser. Il aurait aimé que je sois professeur d’université, mais je crois qu’il a été très ému de me voir prendre la tête de ce ministère. »
UNE INFLUENCE : « Celle de mon mari me fait prendre du recul et me ramène dans la vraie vie. J’ai confiance en son jugement. Petit-fils de militaire, il est très “never explain, never complain”. Cela m’aide à recadrer les priorités et m’empêche de me plaindre, alors que j’ai la chance d’exercer des responsabilités importantes. Je pense aussi à mon père, à son parcours méritocratique et républicain. Son propre père était mercier à Gap. C’est l’université qui lui a donné sa chance, et il m’a transmis la certitude que l’éducation est la clé de tout, de l’ascenseur social comme de l’indépendance. J’ai, ancrée en moi, la fierté du système universitaire. »
UNE AFFINITÉ ÉLECTIVE : « Pour retisser le lien, il faut vraiment, à un moment donné, se couper du monde. Le soir, nous n’avons pas la tentation d’une vie mondaine, comme d’autres couples politiques. Nous avons besoin de nous retrouver, et nous passons nos week-ends à la campagne avec les enfants. Je vois mon père très souvent également. J’ai besoin de ce cocon familial protecteur. »

**JÉRÔME PÉCRESSE : « Maintenir une étanchéité »

« J’essaie d’être un support, de faire en sorte qu’elle puisse, le soir, retrouver un cocon familial qui la stabilise émotionnellement et l’aide à prendre du recul. Cela ne me gêne pas d’être dans l’ombre. J’essaie de maintenir une étanchéité entre les deux univers de Valérie, sa vie professionnelle et sa vie de famille, pour qu’elle n’apporte pas son stress à la maison. En fait, je joue le rôle de père moderne ! »

**Muriel Beyer

Muriel-beyer

DIRECTRICE ÉDITORIALE CHEZ PLON, AVEC OLIVIER ORBAN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE PLON, FRANÇOIS BAYROU, PRÉSIDENT DU MODEM, ET PATRICK DE CAROLIS, JOURNALISTE ET P.-D.G. DE FRANCE TÉLÉVISIONS

UN SOUTIEN : « En 1997, j’étais directrice de la communication chez Flammarion, et, bien qu’agrégée de lettres, cette image de communicante me collait à la peau. Olivier Orban a été le premier à me donner ma chance comme directrice littéraire, et je lui en suis encore reconnaissante. Patrick de Carolis, lui, est peut-être l’homme qui m’a fait gagner le plus d’argent. À l’époque, il préparait une émission avec Bernadette Chirac. Je l’ai convaincu de lui proposer un livre d’entretien. Ce fut un énorme succès. François Bayrou a été mon premier succès d’édition chez Flammarion. Nous avons vendu quatre cent mille exemplaires de son Henri IV. »
UNE INFLUENCE : « Olivier m’a beaucoup conseillée, sur la politique de Plon, la façon de rédiger un contrat, ce qu’on peut demander ou non à un auteur… Il m’a appris à devenir un éditeur plus responsable. Avec François, nous partageons une complicité intellectuelle. Nous avons la même formation, nous sommes tous deux amoureux des mots, de la culture classique. Nous partageons la même exigence. Je tiens à citer aussi Jean Peyrelevade, dont j’ai édité le livre La République silencieuse, coécrit avec Denis Jeambar. Grâce à son talent pédagogique incroyable, j’ai enfin compris ce qu’était une fusac (fusion-acquisition), une OPA hostile…, j’ai pu parler au bon moment avec des grands patrons, comme Anne Lauvergeon, qui, depuis, publie chez nous. »
UNE AFFINITÉ ÉLECTIVE : « Le poids d’un éditeur, c’est la fidélité de ses auteurs. Patrick et François me suivent, comme Alain Duhamel, d’ailleurs. Je fais de même avec Olivier, et je lui reste fidèle depuis des années. François, lui, peut m’appeler nuit et jour. Maintenant, il me demande : “Est-ce que je te dérange ?” C’est très mignon, très nouveau aussi. »

**PATRICK DE CAROLIS : « Elle a cet instinct du livre »

« Muriel est une amie fidèle. Elle a cet instinct du livre, cette faculté de saisir en quelques échanges l’intérêt d’un projet. Elle a été déterminante dans l’écriture de mon premier livre. J’aime écrire des livres avec elle, pour elle. » (Le Figaro 06.06.09.) 

 

Une réponse à “Derrière chaque homme qui réussit, cherchez la femme”

  1. 17 03 2016
    lot for sale manggahan (00:07:45) :

    A motivating discussion is worth comment. I think that you ought to write more about this topic, it might not be a taboo matter but usually people don’t discuss these topics. To the next! Best wishes!!

    https://goo.gl/L1EU4w

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