Plage EL DJAMILA

* EX-LA MADRAGUE (AÏN BÉNIAN) …ENTRE NOSTALGIE, AMBITION ET DURE RÉALITÉ

Au début, il y avait une côte vierge et sauvage. Les Espagnols, venus avec les Français, voulaient y réaliser un port de pêche et de plaisance. Ils firent appel à une main d’oeuvre autochtone, mais mal leur en a pris. Ceux qui sont venus étaient plutôt des paysans qui savaient seulement travailler la terre et c’est ce qui explique leur installation sur les terrains fertiles du plateau, de la proximité de la forêt et les hauteurs de la cité Belle-vue jusqu’aux limites de Chéraga à l’est, de la forêt de Bouchaoui au nord et de Bainem au sud. L’origine de l’appellation de ce lieudit, suscite, encore et toujours, une source de polémique, et de cet fait, il est rare de trouver une table dans un restaurant, jadis plaisant, où on est d’accord sur le sujet. Beaucoup de pécheurs pensent que la Madrague est une appellation tirée du mot arabe (el Madrague ), qui signifie l’abri. Celui-ci est, en effet, constitué par un rocher naturel qui brise les puissants vents d’ouest et sécurisent les chalutiers, par temps où la mer est très agitée. D’autres disent que l’appellation est importée par des européens du sud. Pour preuve, ils disent que c’est un nom que l’on peut trouver en Italie et en France. La villa de Brigitte Bardot, à Saint Tropez ne s’appelle-t-elle pas la Madrague ? Oui mais, dit on encore, l’actrice était une férue de la Madrague où elle passait de longs moments entre l’hôtel Méditerranée avec sa terrasse qui surplombe admirablement la mer et d’où, en temps clair, il est possible d’apprécier la beauté de la presqu’île de Sidi Fredj et même le mont Chenoua, pourtant très loin. L’idée que le nom puisse être importé est, peut être, battue en brèche puisque Brigitte Bardot aurait, par amour, «exporté ce nom de l’Algérie vers la France pour le placer sur le fronton de sa belle villa». Comme aucune preuve n’a été apportée pour confirmer les dires des uns et des autres, des nostalgiques, attachés à l’origine de ce nom, insistent pour que ceux qui ne les croient pas, demandent à Jean Paul Belmondo, un autre habitué des lieux et néanmoins ami de l’actrice ou encore à Marlène Jobert, une native de Guyoville qui, dit-on, garde de précieux souvenirs. La bataille pour la paternité de ce nom paraît donc loin d’être terminée. La Madrague a pris un nouveau nom, El Djamila, mais comble de l’ironie, cela est arrivé au moment où elle n’est plus aussi belle. La Madrague garde en elle certaines traces, que tout nouveau venu, visiteur occasionnel ou habituel, peut deviner allégrement de ce qu’elle a pu être. Sa beauté captivante et son caractère possessif font que « si on vient un jour, on y revient toujours».

LES JOURS DE GLOIRE
La Madrague a connu bien sûr, après l’indépendance, des jours de gloire et était un lieu très prisé. Même les membres du conseil de la Révolution, après 1965, y ont élu domicile dans les spacieuses et belles villas, situées en particulier, sur l’îlot. Pour l’anecdote, ces résidents vont à la mer en empruntant des escaliers privés qui mènent tout droit à une eau d’une propreté éclatante et où l’on peut nager à côté des poissons. C’était, il y a longtemps.

L’IMPORTANT RÔLE D’ALTOUR
L’arrivé de la société, Altour, a permis pendant de longues années, une exploitation professionnelle du site. Les restaurants, les hôtels et les terrasses étaient bien entretenus. Le tourisme battait son plein. C’était un luxe d’y aller, un plaisir d’y nager et un paradis pour les fins gourmets. Un refuge de paix, de joie et surtout de détente.

CHAQUE BONNE CHOSE À UNE FIN
Le déclin avait commencé par le tourisme, dit populaire, parce qu’il était populiste, basé sur l’égalitarisme et la surenchère. Altour devait laisser son professionnalisme aux vestiaires. La descente aux enfers a commencé au début des années 70. Les bars et les dîners dansants se sont «démocratisés», les douches fermées, l’hôtel Méditerranée s’essoufflait et supportait, de plus en plus mal le poids du temps et les conséquences d’une exploitation effrénée. Et c’est en ces annéeslà que le complexe de Sidi Fredj est né. Il focalise dorénavant les regards et «vide» peu à peu les lieux. La Madrague se clochardise alors lentement mais sûrement. La sécurité des biens et des personnes n’était plus totalement assurée. L’entretien et le réaménagement font défaut. Les fosses septiques plutôt des fosses d’aisances empoisonnent la vie. L’Oued qui charrie les eaux usées de Beni Messous et de son hôpital déverse son poison du côté du lieu appelé «Haouche Errouz». Durant les années pluviométriques difficiles, les paysans arrosaient leurs champs avec cette eau malgré tous les risques supposés et avérés. C’est la débandade. La Madrague se meurt. Altour se déstructure et commence son processus de désintégration. C’est le début de la fin. Non, c’est la fin disent certains.

1985, LE COUP DE GRÂCE DE CHADLI BENJEDID
L’État décide, devant le déficit croissant en logements, de donner l’occasion aux citoyens de construire leurs propres logements. La chasse aux assiettes de terrains est engagée par les collectivités locales avec une vitesse extraordinaire. C’était logique, s’il fallait plaire, en même temps, au seigneur du moment et aux électeurs, pardon, et aux citoyens. Se sucrer en cours de route ? Pourquoi pas. La joie est immense et tout le monde jouait des coudes, des connaissances, des allégeances et de tout ce qui peut faire aboutir le projet. C’est un autre malheur qui arrive à la Madrague. En effet, tous les terrains, entre la ville et la Madrague, y compris les terrains agricoles, sont lotis et distribués. La zone devient un grand chantier pendant les saisons estivales qui se sont suivies depuis. En 1985, c’est le coup de grâce. Chadli Benjedid, alors président de la République, décide de céder tous les biens d’Altour à l’APC de Aïn Bénian. Le décret présidentiel portait en lui les germes de la dislocation de la chose touristique. Des infrastructures intégrées sont divisées. L’état des lieux, contenu dans les textes d’application de ce décret, est anarchique, léger et voire douteux. L’APC ne pouvait pas gérer. Ce n’était pas son rôle, ni sa compétence. C’était pour elle, un cadeau empoisonné tant que le financement de la remise à niveau des structures concernées ne suivait pas. Il fallait donc louer à des privés, c’était l’unique solution. Alors on loue à tour de bras. Le résultat est, dit-on, catastrophique parce que rares sont les professionnels du tourisme qui auraient acquis quelque chose. Le chemin de la décadence est totalement investi. Les années se suivent et se ressemblent. On badigeonne et on nettoie en juin. On ne s’en soucie plus jusqu’à juin prochain.

QUEL RÔLE POUR L’APC AVEC SES MAIGRES REVENUS ?
Un simple faire valoir quand les politiques touristiques échouent. Les espaces de vie, oubliés dans l’opération, sont dorénavant appelés «poches», et toutes sont attribuées, ou presque. Le citadin est en bord de mer. Il devient un vacancier sédentaire, qui a les exigences de citadin. En été, il nage chez lui, il boit chez lui et se lave chez lui. Il n’est d’aucun apport économique nouveau à la ville, dans le cadre de l’activité touristique. Voilà encore un autre inconnu dans l’équation de l’économiste qui cherche des projections et des analyses dans l’apport du tourisme dans cette zone. Des militants pour la sauvegarde et de développement de la Madrague sont nombreux. Ils oeuvrent, peut être, en rang dispersé, mais une conduite unitaire d’actions, en aval du programme des élus locaux serait, dit-on, très pertinente. C’était le voeu le plus cher de beaucoup de personnes, parmi lesquelles Issad Lahdi, aujourd’hui décédé, et auquel beaucoup d’amis ont tenu à lui rendre, ici, un vibrant hommage pour tout ce qu’il a fait à la jeunesse, de Ain Benian.

EN 1994, LA «DESTRUCTION» DE L’ÎLOT
Cette année-là, l’OPGI de Bir Mourad Rais bénéficie de l’ensemble de l’espace qui surplombe le port et elle construit de petites maisonnettes, appelées villas, et des bâtiments, qui étouffent le dernier vestige de la zone touristique de la Madrague. Pour l’anecdote, un jour de 1995, un très grand bateau de marchandises s’échoua sur une plage rocailleuse de la Madrague, qu’on appelle d’ailleurs «la Jeunesse», et pendant de années, il reçut des visiteurs de tous les coins du pays : des milliers, des centaines de milliers. Il n’y avait aucun impact sur les revenus financiers de la cité. Bien sûr, dit-on ici, les seuls commerces ouverts étaient les bars et des cabarets. De quel tourisme peut-on parler alors? De quel syndicat d’initiative touristique et/ou économique peut-on attendre l’embellie ? Le lendemain de l’échouage, un journaliste avait écrit un article, pour informer les Algériens et surtout pour préciser aux jeunes lecteurs que ce n’était pas (vavor l’Australie), que Fellag a créé et géré de main de maître. Ce dernier a, au moins, su en faire avant l’échouage un grand sujet hilarant et pédagogique, dans une langue vernaculaire que tout le monde comprenait et aimait entendre.

LE PORT DE PLAISANCE, OU L’ESPOIR AU BOUT DU TUNNEL
Pour revenir aux amateurs du bon poisson, enfin, ceux qui ont la chance d’en déguster une fois de temps en temps, à la Madrague il y a ceux qui ne trichent pas sur la marchandise et ceux qui font payer cher des produits de grande qualité que la congélation castre. Le poisson reviendra à la Madrague. Les plus optimistes y croient dur. Ils espèrent que le nouveau port de pêche et de plaisance réanimera l’activité économique et touristique de la zone. Mais le port, malheureusement pour les uns et heureusement pour d’autres, a apporté son lot de problèmes avant même de voir le jour. Les riverains, du moins ceux qui habitent ou commercent tout autour des lieux, sont, de nos jours, dans l’expectative et ont peur de l’avenir. Beaucoup de rumeurs circulent autour de la démolition de tout le Front de mer. Les nouvelles dispositions qui «facilitent» les procédures d’expropriation pour utilité publique sont là pour ajouter angoisse et incertitudes aux propriétaires de certains commerces et habitations. Le port commençait à prendre forme et sa configuration était visible, mais les infrastructures, qui viennent en amont et en aval, et les échoppes à prévoir sont passés par, au moins, un écimage, si ce n’est une destruction totale du bâti ancien. Et même si son inauguration date déjà de plus de quatre ans, les enquêtes d’identification de la consistance physique et de l’origine de propriété des infrastructures, les statistiques et les relevés topographiques pour les nouvelles routes qui desserviront le port ne sont, d’après les riverains, loin d’être ficelés. (Le Courrier d’Algérie-21.02.2010.)

 

 

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