Festival de Cannes 2010

*L’Algérie renoue avec le Festival de Cannes

**APRÈS VINGT-QUATRE ANS D’ABSENCE.   24 ans après “La Dernière Image” de Lakhdar Hamina, “Hors-la-loi”, le dernier film du cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb, signe le retour de l’Algérie en compétition officielle du Festival de Cannes dont la 63e édition débutera aujourd’hui.

Avec cette sélection parmi les quinze films en compétition, incontestablement, le cinéma algérien atteint un summum jamais égalé depuis belle lurette. Quel sens donner à cette ultime distinction ? Est-elle le reflet d’un dynamisme de terrain ou annonciatrice du renouveau dont on n’a pas cessé de renouveler l’échéance ?
De prime abord, il faut relever la ténacité et la créativité des cinéastes algériens malgré les moyens dérisoires dont ils disposent. Dans ce sens, il y a lieu de comprendre que le renouveau ne peut se faire à coup de décrets suffoquant la créativité. Au contraire, il s’accompagne par des mesures d’encouragement à même de créer un dynamisme capable de stimuler et porter la création cinématographique au sommet. Ainsi, malgré les zones de turbulences traversées par l’Algérie, le cinéma algérien a été un outil de résistance et n’a jamais été réduit à néant. En effet, plusieurs réalisateurs, entre autres, Malek Bensmaïl, Saïd Ould-Khélifa, Lyès Salem, Tarek Teguia, Mohammed et Yamina Chouikh n’ont point cessé d’écumer les scènes festivalières et de célébrer l’Algérie sur les podiums de festivals internationaux en emportant prix sur prix.
En réalité, la présence à Cannes de cette grosse production franco-italo-tuniso-belgo-algérienne de 19,3 millions d’euros, dont 30% d’apports algériens, suite d’“Indigènes”, a peu étonné.  Depuis ses premiers courts métrages et “Cheb” (1991), plusieurs fois récompensé, notamment à Cannes, du prix “Perspectives du cinéma français”, jusqu’à London River, en compétition à la Berlinale en 2009, avec à la clé l’Ours d’argent du meilleur acteur, Rachid Bouchareb a réalisé un chapelet de films. Il signe “Bâton Rouge”, Grand prix du Festival d’Amiens en 1985, fonde en 1989, avec Jean Bréhat, sa société de production, réalise “Poussières de vie et Little Senegal”, présenté en compétition à Berlin en 2001, et “Indigènes” (2006) qui reçoit respectivement le Prix collectif d’interprétation masculine au Festival de Cannes, le César du meilleur scénario et est nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger. Malgré ce riche parcours, les critiques ne se taisent guère.  Il serait regrettable d’utiliser le triomphe de ce film, à l’instar de quelques victoires footballistiques, pour cacher la réalité lamentable dans laquelle baigne le cinéma algérien. Outre cela, les critiques sont aux aguets : ils veulent voir comment Rachid Bouchareb va-t-il traiter ce sujet sensible et va-t-il arriver à extraire la Révolution algérienne du poids idéologique et à la faire entrer dans le prisme du grand cinéma à même de lui redonner sa vraie gloire et dimension universelle. A voir ! (Liberté-12.05.2010.)

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AHMED BEDJAOUI À “LIBERTÉ”

“Hors-la-loi possède un souffle révolutionnaire exceptionnel”

Dans cet entretien, Ahmed Bedjaoui donnera ses impressions sur la participation de l’Algérie à la 63e édition du Festival de Cannes avec le tout nouveau film de Rachid Bouchareb.

Liberté : Voilà bien longtemps que l’Algérie n’a pas été dans la compétition officielle du festival de Cannes, d’autant que “Hors-la-loi”, est un film financé en grande partie par l’Algérie ?
Ahmed Bedjaoui : Il est vrai que l’Algérie et son cinéma attendaient depuis 25 ans qu’un film algérien soit à nouveau présent dans la compétition cinématographique la plus prestigieuse du monde.
L’Algérie a remporté une palme d’or grâce au magnifique film de M. Lakhdar Hamina “La Chronique des années de braise”. C’est d’ailleurs la seule palme d’or qu’un film arabe ou africain ait jamais remportée.
Elle est à nouveau présente à Cannes au plus haut niveau. Certains pays frères doivent nous envier : nous les battons en football, nous récidivons avec notre cinéma. Je dois préciser que si Rachid Bouchareb a choisi de présenter son film sous bannière algérienne (comme il l’avait fait à Berlin l’année dernière avec “London River”, il faut préciser que l’Algérie a contribué au tiers du financement du film. Le reste de la production a été couvert par la Tunisie, la Belgique et la France.

Est-ce que le film a des chances de se retrouver parmi les lauréats ?
 Cela personne ne peut le dire. Le jury est souverain. Figurer parmi les 16 films retenus sur la centaine visionnée, est en soi une grande réussite.
Et si le film venait à trouver les faveurs du jury pour une récompense ou une autre, ce serait magnifique.

Rachid Bouchareb est un cinéaste qui a construit une carrière assez intéressante, mais sur la durée. Son intérêt pour l’histoire et pour son pays d’origine l’a révélé au monde entier. Que pensez-vous de ce réalisateur qui construit réellement  une  carrière sur la durée et une réflexion ?
Outre sa modestie et son humilité, je suis personnellement impressionné par deux choses au moins chez Rachid Bouchareb :
– Sa capacité de progression. Depuis “Cheb” ou “Bâton rouge”, tout le monde s’accordait à dire que nous avions là un cinéaste talentueux et prometteur.
Depuis “Indigènes”, il a franchi des étapes significatives dans la maîtrise du récit et des formats de production. Il sait raconter une histoire humaine et à travers des êtres simples, il a appris à raconter l’histoire avec un grand H, sans jamais donner de leçons ni souligner son message. En cela, il se rapproche, à mon avis, des grands narrateurs américains comme Michael Mann.
– Pour avoir déjà vu “Hors-la-loi” en projection privée, je peux vous dire que ce film possède un souffle révolutionnaire exceptionnel et un patriotisme sans faille pour la cause algérienne. Il n’est contre personne, il est tout simplement et totalement pour l’Algérie et sa lutte légitime pour la liberté. Mon avis est que Bouchareb a atteint un niveau de maturité totale qui le place dans le gotha des grands réalisateurs actuels. Son prochain film, dois-je le révéler, sera d’ailleurs américain. (Liberté-12.05.2010.)

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Le film qui remue la guerre des mémoires

La projection du film Hors-la-loi, en compétition officielle pour la Palme d’or du 63e Festival de Cannes, sous les couleurs et la bannière de l’Algérie, a drainé un aréopage massif de journalistes, de comédiens et d’hommes de culture. Dès les premières images, le nouveau film de Rachid Bouchareb Hors-la-loi ayant suscité une polémique en France, avant même sa sortie et sa vision – Rachid Bouchareb a été obligé d’adresser une lettre au directeur du Festival pour dépassionner le débat autour de son film –, vous tient en haleine et vous prend aux tripes pour ne pas dire « trip ». Un voyage, un flash-back sur l’histoire de la résistance nationale et le mouvement révolutionnaire contre le colonialisme français.

Rachid Bouchareb signe, ici, sans complaisance ou autre flagornerie, une œuvre majeure d’excellente facture, surtout au niveau de la mise en scène. C’est que ce réalisateur, après Indigènes et London River, est en train de s’affiner et de se bonifier, filmiquement parlant. La preuve ! Il traite d’un pan de l’histoire algérienne sous l’occupation française. Mais pas d’une manière manichéenne, frontale et déclarée. Rachid Bouchareb retrace une guerre, un combat d’un peuple s’affranchissant, se libérant et arrachant son indépendance. Et ce, de par une fiction mêlant drame, histoire et action.

Trio infernal

Le pitch du film ? Chassés de leur terre algérienne, leur humus natal, à Sétif, en 1925, trois frères et leur mère sont séparés. Messaoud s’engage en Indochine. A Paris, Abdelkader prend la tête du mouvement pour l’indépendance de l’Algérie et Saïd fait fortune dans les bouges et les clubs de boxe de Pigalle. Leur destin, scellé autour de l’amour d’une mère, se mêlera inexorablement à celui d’une nation en lutte pour sa liberté… Une histoire filiale d’une fratrie d’armes. Un film fait office de suite d’Indigènes, dont le scénario est de Rachid Bouchareb et Olivier Lorelle. Cette fois-ci, sans Samy Naceri, avec sa « dream team » : Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem, Bernard Blancan qui ont crevé l’écran. Avec une mention spéciale pour les comédiens algériens comme Chafia Boudrâa, Ahmed Benaïssa et Mourad Khan qui ont joué juste et avec générosité. Un thriller historique, mnémonique et chronologique digeste et galvanisé. 2 heures 11 minutes pour convaincre… les sceptiques, les détracteurs et les esprits chagrins. Du celluloïd d’une brillance, pas à l’effet bœuf, compulsant les interstices de l’histoire. L’exaction féodale, l’expropriation, les massacres du 8 Mai 1945 à Sétif (Guelma et Kherrata), la guerre d’Indochine en 1953, le déclenchement de la révolution de Novembre 1954, l’activisme nationaliste au bidonville de Nanterre (Paris), les actions révolutionnaires du FLN au cœur de la France, les manifestations d’octobre 1961 réprimés par la police de Papon, les exécutions sommaires de la Main rouge (escadrons de la mort, un service parallèle et clandestin français), des activistes du FLN et puis l’indépendance en 1962.

Mise en scène au cordeau

Hors-la-loi est émaillé par plusieurs référents et autres clins d’œil, de façon subliminale, de la cinéphilie de Rachid Bouchareb. Salvatore Giuliano de Francisco Rosi, Le Sicilien de Michael Cimino, 1900 de Bernardo Bertolucci, Le Parrain de Francis Ford Coppola, Bonnie and Clyde d’Arthur Penn ou encore Chroniques des années de braise de Lakhdar Hamina dans la chronologie. En fait, Rachid Bouchareb a évolué et cela se sent de par son élévation, voire épaisseur filmique universelle mâtinant des fondus enchaînés subtils entre les séquences documentaires en noir et blanc avec le détail artistique colorisé (le drapeau algérien vert, blanc, rouge et celui français, bleu, blanc, rouge), des plans à l’œil compas, des découpages au cordeau, et une trame déclinée comme du papier à musique. Bref, un film pas du tout mineur, émouvant, lacrymal, incisif, fluide, sans complexes et sans complexes. Hors-la-loi est un film élégant, quoi ! Il peut prétendre à une distinction quant à la mise en scène ou à un prix d’interprétation au Festival de Cannes. Hors-la-loi sortira en salle le 22 septembre 2010.(El Watn.22.05.2010.)

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À propos du film

Ken Loach soutient Bouchareb

Le cinéaste britannique Ken Loach a déclaré vendredi sur les ondes de France-Infos : « Hors-la-loi en compétition officielle au Festival de Cannes, c’est une excellente nouvelle qu’il y ait un film sur la guerre d’Algérie, de la même façon dont nous avions évoqué la guerre d’indépendance irlandaise… La vraie histoire est une grande responsabilité. Je suis sûr que c’est ce que Rachid Bouchareb va essayer de faire », a-t-il indiqué sur les ondes de France-Infos. Il est bien important de savoir ce qu’il y a eu lieu dans le passé. On doit comprendre qui on est, d’où vient-on et pourquoi le présent est tel qu’il est. C’est très important de savoir tout cela.

Fiction vs friction

Rachid Bouchareb, réalisateur de Hors-la-loi, a souligné hier, lors d’une conférence de presse : « J’ai fait ce film pour qu’il débouche sur une rencontre, pour des choses positives. Qu’il ouvre un débat… Les spectateurs verront bien qu’il n’y a pas d’animosité…Hors-la-loi n’est pas là pour provoquer des affrontements mais bien au contraire pour ouvrir un débat et qu’enfin tout le monde puisse s’exprimer autour du film et que demain une page se tourne…Mon film n’a pas vocation à être une analyse historique, c’est une œuvre de fiction. »

Syndrome du 8 Mai 1945

L’historien algérien Mohamed El Korso a déclaré : « La France a peur de sa propre histoire…Une certaine France refuse de voir en face sa propre image qui est celle du colonisateur et de ses méfaits durant la période coloniale (1830-1962), notamment les massacres du 8 Mai 1945…Les Français ont refusé que les Algériens s’expriment librement et pacifiquement le 8 mai 1945… A chaque fois que l’Algérie rappelle son histoire à cette France nostalgique, il y a des nostalgiques qui expriment leur haine envers les Algériens. » (El Watan)

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Hors-la-loi. Lecture cinématographique : Pédagogique avant tout

Si l’actualité lui confère une aura particulière, le film de Bouchareb reste une œuvre en tant que telle. Lecture à chaud après sa projection.

Une séquence : Sami Bouajila danse avec une Française qui collabore au sein du FLN. Une mélodie : celle de Ray Charles vantant sa Georgia on my mind, tant célébrée. La séquence est furtive, belle en soi, dégageant l’une des rares respirations d’un film attendu, critiqué, vilipendé et finalement projeté dans l’enceinte du Grand Théâtre Lumière. Nous sommes à Cannes. Hors-la-loi concourt pour la Palme d’Or et Bouchareb, son auteur, renoue avec la force patriotique d’Indigènes. Buzz médiatique depuis quelques mois qui a vu différentes accusations de l’extrême-droite, des associations d’anciens combattants et surtout du député UMP des Alpes Maritimes, Lionel Luca, reprocher à Bouchareb de « falsifier l’histoire ». En cela, un important dispositif de sécurité est mis en place depuis ce matin afin de contrecarrer les plans saugrenus du Front National désirant saborder les projections. Plus que tout autre film de la compétition officielle, Hors-la-loi a convoqué toute une armada d’agents, de policiers dans un stress bien visible.

Les bouteilles d’eau sont réquisitionnées, les sacs fouillés plusieurs fois et les consignes respectées à la lettre. Cette projection prend des allures d’inquiétante étrangeté au sein d’un Bunker où le cinéma doit normalement régner. De l’autre côté de la Méditerranée, la ministre de la Culture, Khalida Toumi, clamait récemment avoir envoyé une délégation composée de journalistes et de réalisateurs algériens afin de « soutenir le film de Bouchareb ». Le branle-bas de combat est lancé. Le film peut débuter. Depuis que l’Etat français colonisa l’Algérie, au début du XIXe siècle, et jusqu’en 1962, date de l’indépendance, il n’y eut pratiquement aucune image réelle du quotidien des Algériens (ou des autochtones pour les colons) qui étaient savamment présentés soit en amorce d’un plan, soit en hors-champ, égarés et surtout dans des positions délicates où leur prétendue sauvagerie n’avait d’égale que leur stupidité. Cet asservissement de l’image prenait corps dans la matérialisation d’un fantasme exotique qui amplifiait les clichés, leur donnant un liant qui déshumanisait et escamotait le geste algérien. Absent, égaré, l’Algérien était retiré de tout contexte historique et participait à une série de propagandes visuelles orchestrées par une administration qui abusait de son pouvoir sur les images.

Il est donc logique qu’après 1962, le jeune Etat algérien voua son idéologie cinématographique à raconter la vraie vie du peuple opprimé et ses luttes, effort qui se traduisit par un besoin vital de s’échapper du ghetto identitaire construit par l’histoire coloniale. Lorsque Mohamed Lakhdar Hamina réalise Chronique des années de braise, il convoque pour la première fois une caméra qui scrute un récit antérieur aux fameuses journées du 8 mai 1945, épousant exceptionnellement un désir de rafraîchir une mémoire cadenassée. Le cinéma algérien, à cette époque, devait légitimer une nation et construire une identité afin de l’inscrire dans l’histoire du cinéma. Les films de guerre affluaient et pendant ce temps, en France, très peu de réalisateurs captèrent frontalement ces années que tous voulurent oublier et certains cacher. Hormis quelques exemples tels que Laurent Heynemman (La Question), Jean-Luc Godard (Le Petit soldat), Alain Cavalier (L’Insoumis), le cinéma français prenait le soin de ne pas agiter des choses venues d’un pays que l’on considérait autrefois comme un énième département français. Le hors-champ n’existait plus.

Une qualité essentielle

Depuis quelques années, force est de reconnaître la suprématie du bon sens qui donne un élan dans la nécessité de retravailler la réceptivité de l’Histoire. Philippe Faucon, Bertrand Tavernier, Florent Emilio Siri, à leur manière, se réapproprient le canevas algérien et participent à l’élaboration de récits structurés pour donner un visage à cette guerre sans nom. Le temps aidant, certaines choses doivent être filmées autrement et toute cette nouvelle configuration peut parfois accentuer la pédagogie du message. C’est le cas de Rachid Bouchareb qui, depuis Indigènes (2005), s’est lancé dans une bataille informative mâtinée d’une émotion fabriquée. Du cinéma politique en somme ! Hors-la-loi est à classer dans la seconde partie d’une filmographie en dents de scie. Bouchareb est né en France et est d’origine algérienne. Cette double culture est importante, car elle s’installe dans ses premiers films où l’on sent une envie délibérée de questionner une marque indélébile qui continue aujourd’hui de travestir les vérités. De Cheb à Little Sénégal, en passant par Bâton rouge ou Poussières de vie, Bouchareb s’est frayé dans ses films un chemin particulier en convoquant histoires personnelles et vecteurs sociologiques, donnant à ses films des moments de grâce où le cinéma reprenait tout son sens, et s’écartant des sempiternels cahiers des charges du politiquement correct. Depuis Indigènes, la situation changea du tout au tout, et offrit à Bouchareb, qui avait réglé, cinématographiquement parlant, ses interrogations identitaires, l’occasion de s’adonner à un autre registre, la pédagogie lyrique. Indigènes fut un succès public inimaginable et servit même dans la réalité avec le bouleversement des pensions des retraites allouées aux anciens combattants maghrébins. Du jamais vu dans la sphère d’un art parfois fragmenté. Bouchareb l’a toujours clamé, Indigènes est le premier film d’un triptyque sur l’Algérie. Certes, mais là, les questions personnelles de l’identité, de la double culture et de l’éclectisme sont éclipsées au profit d’un didactisme appuyé qui doit présenter de nouvelles formes à de nouvelles générations. Hors-la-loi est de cet acabit !

Pour recréer un territoire d’identification, il faut continuellement convoquer les origines. Bouchareb va donc construire un récit qui débutera dans les plaines algériennes des années vingts jusqu’à l’indépendance, en passant par les journées historiques et terribles du 8 mai 1945 et du 17 octobre 1961. La qualité essentielle du film est de montrer des choses habituellement formatées, de faire tomber des légendes. Un cinéaste n’a pas pour fonction de rendre compte de la chronologie historique, il doit en faire un rapprochement avec la société dans laquelle il vit. En cela, très peu de choses sont mises en parallèle, ce qui confirme un objectif de raconter pour ne pas oublier, de reprendre cette nécessité d’esquiver coûte que coûte l’officiel de la guerre pour que la vérité soit perpétuée.

Hors-la-loi s’inscrit dans une volonté de tout montrer, de ne pas perdre de temps, d’éclaircir parfois certaines zones d’ombre, de fouiller réellement les méthodes du FLN (nouvelle couleur de filmage, nouvelle vérité), de montrer des résistants effectuant un « sale boulot », de travailler sur le hors-champ, donc de procurer un respect dans les notations historiques. Hors-la-loi convoque dans la foulée un certain lyrisme qui dessert automatiquement les intentions premières des cinéastes (travailler la notion d’histoire), mais qui auréole les messages de résistance par des séquences aussi lacrymales qu’intrigantes. Bouchareb, en bon chef d’orchestre, use et abuse du quatuor de violons pour effacer toutes notions cinématographiques qui perturberaient le spectateur. Il finit donc par faire des concessions et abandonne le concept qu’il utilisait dans ses précédents films.

Hors-la-loi est une œuvre efficace car elle parlera à tous les spectateurs du présent avec des moyens plats et schématiques. Pour ce qui est de l’avenir, et en raison d’une absence d’un sérieux travail réflectif, le film risque d’errer dans les nuages du cinéma politique. Nous ne pouvons certainement pas lui reprocher d’avoir filmé ce sujet, ni d’avoir – enfin – montré les massacres du 8 mai 1945 (de nombreux Français découvriront aves surprise cet événement absent des livres scolaires), ni d’avoir rétabli une certaine équité dans la balance de réflexion autour de la Guerre d’Algérie. Le problème, c’est qu’en pratiquant un cinéma basé sur les bons sentiments, sur l’étirement des scènes « grandioses » où chaque acteur à son quart d’heure d’Actor Studio, sur les pistes de lecture trop nombreuses pour une réelle identification, Hors-la-loi ne restera peut-être pas dans les mémoires en tant qu’écriture cinématographique, mais ravira les spectateurs du présent dans leur rapport à l’Histoire. Hier, à Cannes, il a été fortement applaudi à l’issue de la première projection de presse. Bon signe sur la future réceptivité des publics ? (El Watan-22.05.2010.)

**«Hors-la-loi»… Rachid au pays des merveilles

Ne pas aimer un film est une chose. Nier la répression coloniale érigée en système par l’Etat colonisateur en est une autre. Cela s’appelle le négationnisme.Quant à la dimension de l’art cinématographique, c’est trop demander à des esprits marqués par la haine et la défaite.

Les réactions en France au film «Hors-la-loi» de Rachid Bouchareb sont symptomatiques de l’état politique (et mental) dans lequel est plongé ce pays depuis l’arrivée de la droite «style Sarkozy» au pouvoir en 2007 : interrogation sur l’identité de la France ; explication de la crise économique et sociale par la présence de l’immigration ; flirt avec les thèmes de propagande de l’extrême droite ; désir d’identification à l’oncle Sam d’Amérique dans ce qu’il représente comme force de frappe (George Bush) ; complexe de supériorité par rapport aux pays du tiers-monde (discours de Dakar)…

 La manifestation du mal français est si grave que «l’abcès» a grossi sur la face d’un temple supposé hors d’atteinte : le Festival du cinéma de Cannes. C’est-à-dire un lieu par essence où l’expression, qui plus est artistique, est libre. Autrement dit, le cinéma n’est rien d’autre qu’une forme artistique fantasmée, y compris du réel, de l’imaginaire de son auteur.

 Ceci rappelé, qu’en est-il de cette querelle mise en scène autour du film «Hors-la-loi» ? L’histoire, dit-on. Ou pour être plus précis, la vérité historique. Seulement, on ne nous dit pas laquelle des vérités historiques : celle de l’armée française coloniale des années quarante, ou celle des victimes des crimes de cette même armée, et dont des milliers sont encore vivantes ? Au-delà, et comme me le rappelait si bien un proche survivant de la tragédie de 1945, « on ne peut comparer la réaction des victimes algériennes prises dans l’engrenage de la violence et qui a fait quelques victimes européennes, avec la répression coloniale érigée en système par un Etat, celui français de l’époque, qui a fait des milliers de victimes.» Là est non seulement la vérité historique, mais aussi la différence entre l’oppresseur colonial et l’oppressé qui se défend comme il peut.

 Mais revenons à la polémique sur le film proprement dit, qui titille un vieux débat sur la question, celui du rapport du cinéma à l’Histoire. Que les détracteurs de Bouchareb nous expliquent depuis quand le cinéma s’est déclaré historien ? Le cinéma ne s’est jamais attribué le rôle de l’historien chercheur. Le cinéma représente ou raconte l’histoire selon ses propres procédés, soit la mise en scène, pour évoquer un fait passé. Et jusqu’au film documentaire qui reprend des moments ou fragments d’histoire pour les restituer : l’objectivité ou la «vérité» des fait racontés ne résiste pas à «l’effet cinématographique» justement.

 Des spécialistes de l’étude du cinéma et son rapport à l’histoire tels Marc Ferro, George Sadoul, Christian Delage, Antoine de Baecque, Gilles Deleuze…, pour ne citer que les auteurs français, sont unanimes pour faire le distinguo entre le travail de l’historien et celui du cinéaste. Sinon, les milliers de film sur les drames « historiques » de l’humanité, tels les deux guerres mondiales, la Shoah, les ravages du fascisme et du communisme sont tous, sans exception, à interdire ! Il aura fallu attendre la chute du Mur de Berlin, en 1989, pour que les peuples de l’Europe de l’Ouest découvrent tous les sacrifices et les héroïsmes des soldats de l’Armée rouge de l’ex-URSS, pour comprendre comment l’Allemagne hitlérienne a perdu la guerre ! Pour découvrir que se sont les Russes qui, les premiers, ont délivré les prisonniers des camps nazis !

 Que fait-on alors des très nombreux films occidentaux qui racontent autre chose, sans évoquer le sacrifice des Russes ? Les interdire ? C’est pourquoi la levée de boucliers de responsables français et la manifestation qui a eu lieu à Cannes au moment de la célébration de l’art cinématographique, n’est rien d’autre qu’une réaction obscène, haineuse et injustifiable de quelques nostalgiques de la France de papa. Comme ceux nostalgiques du régime de Vichy ou d’Hitler. Ils n’ont rien compris à l’histoire et comprennent encore moins la majesté de l’art. (Quotidien d’Oran-23.05.2010.)

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ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR RACHID BOUCHAREB

 “Je suis partant pour faire le film sur l’Émir Abdelkader”

À la veille du palmarès, nous avons rencontré Rachid Bouchareb, aux côtés de Djamel Debbouze, pour discuter de Hors-la-loi. Un réalisateur très serein qui a compris que pour faire un film, il faut imposer ses idées et son projet. Le réalisateur de Hors-la-loi  nous parle de son cinéma, de ses comédiens mais aussi de son avenir dans le cinéma algérien.

Liberté : M. Bouchareb, comment appréhendez-vous le palmarès du festival ?
Rachid Bouchareb : Je n’appréhende rien, je ne serai pas présent à la cérémonie de clôture puisque je vais retrouver mon fils. L’essentiel pour moi est que le film a été présenté en sélection officielle à Cannes. Je n’attends rien du palmarès et du jury. J’ai déjà fait partie d’un jury et je sais comment ça se passe. Ce qui importe, c’est que, malgré toute la polémique, le film existe et il va faire son grand chemin à travers les festivals.

Certains critiques vous reprochent de faire trop référence au cinéma américain mais pas assez au cinéma français, qui vous a formé…
Un réalisateur est libre de faire un film à sa manière. J’aime faire référence au cinéma américain parce que c’est un cinéma qui m’inspire.
De plus, les comédiens, avec qui je travaille beaucoup, sont imprégnés et s’inspirent beaucoup du cinéma américain. Ils sont toujours inspirés des personnages de ses cinéastes, comme Ridley Scott, Tim Burton, Coppola… Notre passion, c’est faire des films, et quand Djamel Debbouze ou Sami Bouajila lisent le scénario, ils me proposent toujours des retouches sur certaines scènes, qu’ils ont vues dans des films américains. C’est vrai qu’on ne fait pas de référence au cinéma français, parce qu’il est plus inspiré par des comédiens comme Robert de Niro, Denzel Washington, Mel Gibson que par d’autres comédiens. Mais à un moment, on va se libérer du cinéma américain et inventer notre cinéma. 
Qu’est-ce qui vous inspire justement le cinéma de Mohamed Lakhdar-Hamina  qui, rappelle-t-on, est le seul Algérien, Arabe et Africain qui a décroché une Palme d’Or ?
Lakhdar Hamina est un grand cinéaste. J’ai revu récemment Chroniques des années de braises, c’est Lawrence d’Arabie ! C’est du grand cinéma. Je le dis sincèrement, Lakhdar a fait de grands films…
Il y a des scènes énormes. Il sait filmé cette atmosphère…, c’est du grand cinéma mais du cinéma de Lakhdar Hamina. Moi, avec ma sensibilité, je ne peux pas dire que je peux m’exprimer comme un cinéaste algérien qui est né en Algérie, je m’exprime comme un cinéaste d’origine algérienne qui a grandi en France. C’est son parcours dans la vie qui détermine la sensibilité qu’on va avoir dans ce film.

C’est quoi, en fait, le cinéma de Rachid Bouchareb ?
C’est un cinéma de polémique. Je suis tout le temps protégé par trois gardes du corps des RG. Sauf que je ne suis pas une star américaine. On ne se pose pas la question. On a un projet avec Djamel qui va être quelque chose dans ce même esprit.

Pourquoi faire toujours appel aux mêmes comédiens, Debbouze, Bouijila et Zem ?
Et Hors-la-loi film, c’est Djamel, d’origine marocaine, le Français Sami, d’origine tunisienne, le Français Rachid, d’origine algérienne. C’est le Maghreb qui est à l’image,  et on raconte l’Algérie, mais c’est l’histoire du Maghreb et des colonies qui est racontée. Demain, on peut faire des histoires sur le Maroc avec des acteurs algériens ou tunisiens qui vont interpréter des Marocains. En ce moment, je produis l’histoire de Omar Ghadad, il est réalisé par Rochdy et le rôle qui est censé être joué par un Marocain l’est par un Tunisien.
C’est Maghreb United, si le Maghreb se réunit, on peut faire un Hollywood en France, il y a les talents, les techniciens et il y a les gens. On a eu du grand cinéma, qui peut rivaliser avec des grandes nations de cinéma.

M. Bouchareb, malgré vos références cinématographiques, vous refusez toujours de travailler à Hollywood. Est-ce que vous maintenez votre décision ?
Je ne veux pas travailler avec le système hollywoodien. Par contre, j’ai des projets aux États-Unis financés par l’Europe, en toute indépendance, dont un, voire deux avec Djamel, mais pas américains de financement. L’histoire se situe aux États-Unis, mais le financement est européen.

L’Algérie cherche un réalisateur de talent qui peut assumer un projet énorme : “La vie de l’Émir Abdelkader”, est-ce que vous êtes partant pour assumer cette superproduction ?
On m’a déjà fait la proposition, c’est un film grandiose que j’aimerais faire et dans lequel j’aimerais impliquer mes comédiens. Parce qu’ils sont, pour moi, une sécurité. Quand on a Djamel, Roshdy et Sami à ses côtés, je sais qu’on va atteindre les sommets. Mais, pour l’instant, on va voir, c’est un énorme projet que j’aimerais faire, comme Lawrence d’Arabie ou en mieux.
Donc, si c’est pour le faire en très très grand, je suis partant.  (Liberté-24.05.2010.)

****63E FESTIVAL DE CANNES
JAMEL DEBBOUZE À L’EXPRESSION

«Je suis lié à l’Algérie quoi qu’il arrive»

Au bord d’une plage cannoise. Le comédien humoriste français d’origine marocaine, nous livre ici ses impressions sur sa participation au dernier film de Rachid Bouchareb Hors-la-loi et confie ses projets, désirs et objectifs entre deux boutades, avec un sourire espiègle et intelligence. Sous un soleil radieux, Jamel Debbouze a bien voulu nous accorder une interview collective, pour quatre journalistes, Le timing est serré! Petit par la taille, mais grand par le talent et la tchatche. Il s’était même distingué lors de la conférence de presse du film Hors-la-loi avec ses «sorties» rocambolesques. Du genre «confidence pour confidence, moi aussi je me suis fait violer par Roman Polanski quand j’avais 16 ans!». Explosion de rire dans la salle. Mais ce joyeux luron sait devenir sérieux quand cela vaut la peine. A l’instar de son personnage Saïd dans Hors-la-loi, Jamel Debbouze est un homme d’affaires redoutable qui porte plusieurs casquettes avec une aisance incroyable. Outre la scène, Jamel varie les rôles sur le grand écran, entre émotion et fou rire garantis. Ses atouts? Une volonté farouche et un courage à toute épreuve.

L’Expression: Que vous a inspiré cette polémique qui a entouré le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb où vous interprétez le rôle de Saïd?
Jamel Debbouze: Comme disait Pascal Blachard, c’est naturel et c’est dans l’ordre des choses. Pour moi tout ça est complètement naturel. Il a fallu tout ce temps pour pouvoir sortir de cet espèce de marasme que l’on nous a imposé. On a mis plus de temps à s’attaquer aux Italiens et aux Polonais parce que nous sommes musulmans. Depuis qu’on est nés on se bagarre. Il faut l’accepter sans condescendance.. On est d’accord; c’est la réalité avec laquelle on compose. Mais on progresse. Fondamentalement, la France est un pays d’accueil.
Quand je dis on n’a pas cessé de se battre depuis qu’on est à l’école primaire sous prétexte que nous ne sommes pas français, cela veut dire qu’on était obligés d’en faire beaucoup plus. Sur un terrain de foot, etc. Partout on était obligés de faire davantage d’effort. Quand on fait Hors-la-loi on se bat pour la recherche de financement jusqu’à la montée des marches. Quand vous voyez Rachid Bouchareb, Jamel Debbouze, Rochdy Zem et Samy Bouajila chercher des financements c’est vraiment la «Qaîda Cinema»! Tu prends la filmographie de Rachid Bouchareb ou celle de Samy Bouadjila qui a commencé je crois en 1991, Roshdy en 1985 avec je ne sais plus quel film, mais entre leur premier et leur dernier film, ils répondent aux mêmes questions et se justifient de la même manière. Cela fait 20 ans que ça continue. Jusqu’à quand? On ne sait pas. On contribue à ce que cela s’arrête. Avec ce genre de film, on veut y mettre fin. Le racisme, j’en suis sûr, il va régresser. Et laisser place au seul débat: les riches et les pauvres. La couleur n’a plus cours, ça progresse, voyez Obama à la Maison-Blanche!

Croyez-vous qu’il y a aujourd’hui plus de comédiens d’origine maghrébine dans le cinéma et que cela se démocratise?
Oui, bien sûr. Aux derniers Césars, ce sont des personnes d’origine maghrébine qui ont été distinguées. Adjani a remporté le prix de la meilleure interprétation féminine puis un comédien, Tahar Rahim, avec un doublé dans le film Prophète et enfin le scénariste Abdelraouf Dafri, le César de la meilleure adaptation avec Mesrine. Oui et bien d’autres comme Rachid Bouchareb, Rochdy Zem, Jamel Debbouze, Sami Nasseri qui se bat toujours, on a une pensée pour lui. Il ne pouvait pas faire le film. Il était diminué à ce moment-là, on aurait adoré qu’il soit dans l’équipe. Il est dans nos têtes et dans nos coeurs. On a maintenant un outil, des cinéastes qui connaissent le métier, des ingénieurs de son etc. On peut faire avec ça un United du Maghreb. Rachid s’ouvre aux comédiens d’origine maghrébine. Il s’acharne à les rassembler. Nous, on est dans un autre monde. On ne vient pas de la même frustration. Un jour, je sais que je ferai un United. Au-delà d’être maghrébin, c’est le talent qui primera, j’en suis convaincu, parce que le talent rapporte de l’argent.

Rachid Bouchareb a fait appel à plusieurs acteurs venus d’horizons divers, certes des Maghrébins, pour évoquer l’Algérie, mais on a senti une certaine incohérence au niveau de la langue parlée par les comédiens dans Hors-la-loi, qui n’est pas très algérienne…
On s’en fout de ça. Les Anglais, les Espagnols, les Français s’en foutent de ça. Mais on espère que les gens de chez nous ne soient pas critiques, voire moins critiques. El Hamdoulah, aujourd’hui on a une chance inouïe. On peut imposer notre vision des choses. On n’est pas des imbéciles. On va proposer des choses qui sont constructives pour tout le monde. Moi je fais de la comédie. Si Rachid m’avait écouté et qu’on avait fait de Indigènes une comédie, on aurait fait 19 milliards d’entrées! Parce que des Arabes face à des Allemands qui ne savent pas tenir une mitraillette et puis dès qu’on dégaine, ils jettent les mitraillettes et ils se sauvent…La Neuvième compagnie de Louis de Funès et Bourvil l’ont fait de cette manière-là et ils sont entrés dans le coeur des grands. Ça reste aussi une référence, c’est d’ailleurs le film qui a été le plus vu. Ce n’est pas anodin. Les plus grandes comédies sont basées sur une dramaturgie. La Guerre mondiale y a rien de plus terrible et être drôle avec ça, ce serait une performance.

Un mot sur Rachid Bouchareb?
Il fait tout ce qu’il dit. C’est dommage qu’il soit devant moi car je me serai étalé davantage. Dans sa tête il peut tout faire. Sans complexe. Il est flippant, il a des démons comme tout le monde, mais il lutte d’une manière admirable. On a l’impression que le temps n’a pas de prise sur lui. Sa phrase est «maâlich on y arrivera, c’est sûr». Ce sont des phrases qui sont motivantes. Et je sais qu’il les pense. S’il n’est pas encore parti pour faire le film sur l’Emir Abdelkader, je ne veux pas répondre à sa place, mais je crois qu’il voudra bien le réaliser à condition d’être sûr de faire mieux que Laurence d’Arabie.

Quels sont vos projets?
Je vais tourner dans le prochain film d’Alain Chabat, Marcieu Pelami. Le 15 septembre je pars au Mexique. Si l’occasion se présente, évidemment que je viendrai en Algérie. Je produis en ce moment avec un comique algérien qui s’appelle Abdelkader Secteur qui est une bombe atomique. Quoi qu’il arrive je suis lié à l’Algérie.
Si je peux, je viendrai le 21 septembre défendre le film de Rachid Bouchareb.

Comment a atterri votre protégé Abdelkader Secteur justement dans ce film?
Rachid a un oeil et une oreille pour déceler les talents, je n’ai pas eu à le convaincre. (24.05.2010.)

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La lettre ouverte de Rachid Bouchareb

Au cœur d’une polémique depuis maintenant 3 semaines, avec son film Hors-la-loi, le réalisateur Rachid Bouchareb s’était fendu d’une lettre ouverte, la semaine dernière, au Festival de Cannes : « Depuis trois semaines, une polémique précède la présentation à Cannes de mon film Hors-la-loi, alors que ceux qui participent à cette polémique n’ont pas vu le film… Devant de telles passions et dans un souci d’apaisement, il m’apparaît important de rappeler deux choses : Hors-la-loi est un film de fiction, une saga qui raconte l’histoire de trois frères algériens et de leur mère sur une période de plus de trente-cinq ans, du milieu des années trente à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Il faut qu’il soit possible que le cinéma aborde tous les sujets. Je le fais en cinéaste, avec ma sensibilité, sans obliger quiconque à la partager. Après les projections, il sera temps que le débat public se déroule. Attaché comme je le suis à la liberté d’expression, il me paraît normal que certains puissent être en désaccord avec mon film, mais je souhaite que ce désaccord s’exprime dans un cadre pacifique et dans la sérénité du débat d’idées. Pour le monde entier, la France est une terre de liberté et je suis particulièrement fier d’y montrer mon film, dans le plus prestigieux des festivals. Je souhaite que cette projection se fasse dans le respect mutuel et dans un climat serein. » (El Watan)

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Les « nostalgériques » ont le vent en poupe

Les revanchards de « l’Algérie française » fourbissent leurs armes. Au-delà d’un film présenté à Cannes qu’ils cherchent à assassiner, ils lorgnent vers la seule date qui les intéresse : 2012, pour torpiller le cinquantième anniversaire de l’indépendance algérienne.

Alors qu’hier, vendredi, une manifestation anti-algérienne inspirée des suppôts de l’OAS était organisée à Cannes, avec, pour la première fois, la bénédiction officielle de la République, le député du Vaucluse, au sud de la France, pense trouver le moyen de rebondir dans le maelstrom politique français, où c’est celui qui frappera le plus fort dans la flaque nauséabonde qui fera le plus d’effet électoraliste. 48 ans après la fin de la guerre, on y est encore, préparant le bouquet final de la haine de l’Algérie en juillet 2012, pour le cinquantenaire. Ainsi, Thierry Mariani, le « père » désavoué de l’ADN visant à faciliter le regroupement familial, exploite le filon qui l’exfiltre vers l’extrême-droite. Il le dit à Valeurs actuelles : « Il y en a assez d’entendre, de lire ou de voir des films où il est expliqué à quel point la France s’est mal conduite durant la guerre d’Algérie. » Pas de fiction, pas de création libre ; non, seule la version officielle devrait compter. De ce coup de gueule, il veut faire une proposition de loi, s’inspirant clairement des objectifs de l’ex-Oas, recyclé dans une association qui, jusque-là, ne se manifestait que par l’érection de stèles en hommage aux seules victimes françaises de la guerre d’Algérie.

La proposition de loi de Mariani, dont l’hebdomadaire dit qu’elle serait explosive (comme les bombes larguées sur l’Algérie ?), va dans ce sens. « La France reconnaît les souffrances subies par les citoyens français d’Algérie, victimes de crimes contre l’humanité commis du 19 mars 1962 au 31 décembre 1963, du fait de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique ». « Il s’agirait ni plus ni moins, est-il suggéré, de ‘‘crimes contre l’humanité’’ » commis par le FLN. Le texte, pour le coup révisionniste, selon le lexique en usage en France pour d’autres conflits, est co-signé par quatre autres députés UMP : Elie Aboud, Claude Goasguen, Michel Voisin et Lionnel Luca, celui par qui est née la polémique « Bouchareb », le 22 avril dernier. Peu lui importe que depuis 2000, les historiens dénoncent les lois mémorielles qui ne servent aucunement la vérité sur l’histoire. Seul compte pour ce député comme pour les autres élus qui ont entamé la « chasse » au Bouchareb (lire notre édition du 24 avril), le conditionnement des « nostalgériques ». Hier, vendredi, à Cannes, jour de la diffusion de Hors-la-loi, un millier de pieds-noirs et la quasi-totalité des parlementaires UMP de la région Paca étaient attendus pour manifester.

Le sous-préfet du département devait déposer une gerbe au monument aux morts. Pour calmer le jeu, l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, aurait, selon le Point, proposé à Nicolas Sarkozy que l’armée algérienne défile sur les Champs-Elysées le 14 juillet 2012, anniversaire de l’indépendance. Le président ne serait pas chaud pour cette idée. D’ailleurs, estime Thierry Rolando, président du Cercle algérianiste, la plus importante association de pieds-noirs « s’il est bien une promesse que le chef de l’Etat a oubliée depuis son élection, c’est celle de son refus de la repentance ». Il avait appelé lui aussi à manifester à Cannes, hier. Pour un internaute du site de Valeurs actuelles : « Au lieu de nier la réalité historique, il serait intelligent de se repentir et tourner la page, cela serait productif pour la France et l’Algérie. » Hélas, dans les quelques mois qui nous séparent du 50e anniversaire de l’indépendance algérienne, il n’est pas sûr que les tensions s’apaisent de part et d’autre de la mer. (El Watan-22.05.2010.)

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**Que le spectacle commence!

Tout doit être prêt pour le lever de rideau prévu ce soir à 19h30, lorsque l’équipe de Robin Hood foulera la première, le fameux tapis rouge.

Cela ne se voit pas trop. Pourtant à une dizaine de mètres du Palais du festival, un mini-tsunami, appelé ici coup de mer avait tout fait tomber à…l’eau! Des trombes d’eau avaient démantelé l’infrastructure en construction, destinée à accueillir les festivaliers et les fêtes qui vont, le long de la plage qui jouxte la Croisette.
Des tonnes d’algues avaient recouvert le sable irréprochable d’ordinaire…Mais rien n’y fit, Sisyphe avait aussi fait le voyage à Cannes, apparemment…De nuit et de jour, des équipes se sont relayées pour remettre d’équerre un décor de rêve qui va être, dès ce jour sous les feux de la rampe, offert ainsi aux caméras du monde entier….C’est qu’on annonce plus de 4000 journalistes tous supports confondus!…Alors tout doit être prêt pour le lever de rideau prévu ce soir à 19h30, lorsque l’équipe de Robin Hood foulera la première, le fameux tapis rouge qui inaugure cette montée des marches devenue synonyme de Cannes.
Escorté par Russel Crow, Cate Blanchett à son bras, sous le regard de l’«historique» Max Von Sidow, Rydley Scott aura donc les honneurs d’ouverture de cette édition qui s’annonce assez rock’n’roll, et ce, à tout point de vue…Et tout comme les archers de Robin des Bois, ici chacun affûte ses armes, en attendant d’en découdre…
Pour le moment, c’est l’Italie de Berlusconi qui, déjà, hurle au loup à cause d’un documentaire sur Berlusconi et le séisme de L’Aquila, Draquila, qui a fait sortir de ses gonds le ministre de la Culture italien qui annonce qu’il boycotte Cannes à cause de la sélection de ce film «de propagande qui offense la vérité et le peuple italien dans son entier», (rien que cela!). Il faut dire que Sabina Guzzanti n’en est pas à son premier coup…Elle a déjà hanté les nuits du Cavaliere et apparemment ce n’est pas fini…
Bien sûr que, et pour ce qui nous concerne, c’est la projection de Hors-la-loi de Rachid Bouchareb qui occupe les esprits…Il faudra patienter un peu, la première séance, pour la presse, a été fixée pour le vendredi 21 mai…Quant à Des hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, qui relate la tragique fin des moines de Tibhirine, il sera visible mardi prochain. Autre film très attendu Carlos de Olivier Assayas, il sera montré dans sa version longue, 5 heures 33 minutes, le jour de son passage sur Canal+. Une réussite qui doit un tel aboutissement tant à Assayas qu’à l’incroyable investigation d’un grand journaliste de terrain, Stephen Smith…S’il avait été en lice, Carlos aurait, sans coup férir, figuré au palmarès final…Mais Cannes a ses règles et elles sont très claires, même si elles font parfois preuve de souplesse, comme pour annoncer à la dernière minute (48h avant le jour «J») la sélection de Route Irish de Ken Loach, qui sera ainsi le 19e film en compétition. La course avec le rival vénitien reste féroce…
Visionné durant le week-end par Thierry Fremeaux, le délégué général, et son équipe, Route Irish s’annonce comme un thriller dont les personnages principaux sont deux Anglais (interprétés par Mark Womack et John Bishop aux côtés d’Andrea Lowe et Trevor Williams) qui se lancent dans le business de la reconstruction en Irak, après s’y être engagés comme soldats. Le réalisateur rebelle, qui en est à sa 10e participation cannoise, toutes sections confondues, a rassemblé son team habituel: le scénariste Paul Laverty et le talentueux directeur photo, Chris Menges. Route Irish sera projeté jeudi 20 mai, le même jour que Fair Game, de l’Américain Doug Liman et La Nostra Vita, de l’Italien Daniele Luchetti. Agé de 73 ans, Ken Loach est un habitué de la compétition cannoise, où il a remporté à deux reprises le Prix du jury (en 1990 avec Hidden Agenda et 1993 avec Raining Stones), avant de décrocher la Palme d’or en 2006 pour Le vent se lève, qui évoquait la guerre d’indépendance irlandaise. L’Irak sera aussi présenté selon une vison américaine, décapante, qui s’annonce comme un des événements du festival…En attendant, place aux lampions de cette première nuit cannoise qui s’annonce festive en diable. (L’Expression-13.05.2010.)

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*63E FESTIVAL DE CANNES
LE FILM DE RACHID BOUCHAREB A ÉTÉ PROJETÉ HIER à Cannes

«Pourquoi remettre sur le tapis toute cette violence?», dira le réalisateur lors de la conférence de presse.

Les manifestations des partisans de l’extrême droite, venus protester sur le parvis du Palais du Festival de Cannes, n’ont pas eu finalement raison de la ferveur qui a entouré la projection-presse donnée hier en matinée du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, encore moins d’altérer la superbe ambiance qui a régné au cours du point de presse.
Un pétard mouillé en fait. Même si on pouvait lire sur certaines pancartes: «Attention les égorgeurs sont là!» Pour ainsi dire, les manifs sont passées inaperçues. Il faut dire aussi qu’un fort dispositif sécuritaire était posté juste à l’entrée. Une fouille des journalistes, inhabituelle ce matin. Plus minutieuse que d’habitude.
C’est flegmatique, que Rachid Bouchareb, accompagné du producteur français de Hors-la-loi, Jean Bréat, est arrivé, non sans son trio de comédiens gagnant, à savoir Jamel Debbouze comédien et aussi producteur du film, Roshdy Zem et Samy Bouajila. Une seule femme était présente à cette cérémonie et non des moindres, la valeureuse La Aïni, Chafia Boudraâ.
La conférence de presse était rehaussée, du côté algérien, par la présence de Mustapha Orif, directeur de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc) et producteur exécutif du film, sans oublier Zehira Yahi, porte-parole de la ministre de la Culture, Ahmed Bedjaoui et, certes, Tarek Ben Ammar, le directeur des studios de tournage Cartago Film où le long métrage a été tourné «en partie», en Tunisie.
La conférence de presse s’est déroulée dans une ambiance bon enfant et détendue malgré le sujet fort sensible traité par le film et qui pouvait fâcher. Certains du moins.
C’est un Rachid Bouchareb serein et mesuré, qui n’a cessé d’inviter les gens au dialogue à travers son film, qui s’est offert au roulement de questions de la presse. La première question posée est celle liée au renforcement du cordon sécuritaire exceptionnel qui a entouré la projection. Rachid Bouchareb s’est dit surpris de voir cette tension près de 50 ans après l’indépendance de l’Algérie. «Le passé colonial reste très tendu, la preuve, il continue à susciter une telle violence autour du film. C’est exagéré, et sans qu’il n’ait été vu. J’ai été un peu peiné de voir ça. Mon film est là pour susciter un débat, non pas pour perpétuer cette violence chez la nouvelle génération, mais pour apporter des choses positives. Au moins, l’abcès est crevé. Des voix se sont aussi élevées lors de la sortie du film Indigènes.» Evoquant l’identification des comédiens à leurs personnages respectifs, Jamel Debouzze, plaisantant, dira qu’il s’identifie un peu à son personnage dans la mesure où il est en marge dans l’histoire et s’occupe du monde des affaires. «J’ai compris combien la révolution fait mal», a-t-il dit. Rochdy Zem, pour sa part, a indiqué ne pas se reconnaître dans son personnage, c’est pourquoi il l’a joué avec beaucoup de plaisir. Pour Samy Bouajila, son jeu fort dans le rôle de l’intellectuel résistant jusqu’au bout des ongles, l’a fait penser à l’Emir Abdelkader (il s’appelle Abdelkader dans le film.) Et de confier: «Qu’on soit acteur français d’origine maghrébine, il faut que nos personnages deviennent des espaces d’expression et de fantasmes. Qu’on se serve de notre métissage comme un atout qui, pour le moment, parasite plus qu’autre chose pour ne pas dire stigmatise.»
Pour Chafia Boudraâ, son rôle, digne confie-t-elle, a été en fait celui des mamans du monde entier. «La mère à moi dans le film était ma maison et la terre. J’ai vécu des douleurs tues en moi que je ne pouvais exprimer car je ne suis pas politicienne». Pour Tarek Ben Ammar, il est faux de dire que les Français ont des problèmes avec leur passé.
La preuve: Hors-la-loi a été financé par la France (à 58% Ndlr). «On y voit la grandeur de la France et du Maghreb. On voulait montrer que la solidarité des Maghrébins existe et qu’elle passe par le coeur pour arriver à la tête.» Pour Rachid Bouchareb, le rôle confié à Samy Bouajila s’apparente à un «bulldozer», qui n’abdique devant rien. «Cette violence politique liée à tout mouvement révolutionnaire, il faut la suivre pour voir jusqu’où elle peut aller. Ce n’est pas une question de courage que de faire ce film. C’est ça le cinéma!» A propos du titre du film, Rachid Bouchareb fera remarquer, que dans les archives des années 1950 on y trouvait souvent dans la presse ce mot «hors-la-loi».
Abordant la question du financement, Jean Bréat a indiqué que le souci du réalisateur était, avant tout, d’arriver à faire un film avec «la qualité la plus artistique possible». Pour Mustapha Orif, le financement a été facile à obtenir, compte tenu de la renommée de Rachid Bouchareb.
Rappelons que Hors-la-loi a été réalisé dans le cadre des accords de coproduction algéro-français (2007). Aussi, Rachid Bouchareb a tenu à préciser qu’il n’a jamais eu de problème de la part de l’Algérie. «Même si j’ai parlé de violence politique, on ne m’a jamais censuré. C’est un film coproduit par deux ministères sur une seule idée.» Et de souligner: «Chacun a sa propre histoire dans la grande histoire. Mon film a de la place pour tout le monde, les pieds-noirs comme les Algériens. Il a été fait dans le même esprit qu’Indigènes», et Jamel Debbouze de dire cette phrase sensée parmi tant d’autres, hilarantes et farfelues: «Pour aborder l’avenir, il faut bien penser au passé.» Pour sa part, Rachid Bouchareb rectifiera l’idée selon laquelle son film sert à réparer une injustice de mémoire coloniale envers les Français ou les Algériens. Il s’agira pour lui de parler du présent en découvrant des choses sur notre passé. «Coppola n’a pas écrit l’histoire. Un film est là, l’histoire s’écrit encore. Si le film suscite un grand intérêt, c’est bien. A l’arrivée, la nouvelle génération doit être consciente de son passé pour pouvoir avancer sereinement. Je n’ai pas à prendre en charge toute l’histoire. Je fais du cinéma. Je ne discuterai pas avec les gens qui veulent en faire encore un champ de bataille. Pourquoi remettre sur le tapis toute cette violence?»
Le réalisateur de London River lancera, solennellement, en outre, un appel au gouvernement français et au secrétariat d’Etat aux Anciens combattants pour l’application de promesses non tenues envers les anciens combattants maghrébins qui ont servi dans l’armée française et que le gouvernement de l’époque Jacques Chirac, avait promis, notamment d’améliorer leurs pensions, chose faite que partiellement. Et au trublion de service, Jamel Debbouze, d’avoir le dernier mot, par cette pirouette: «Ce n’est pas les hommes politiques qui font l’histoire, mais les hommes tout court. Apprenons notre histoire commune, c’est très important.» (L’Expression-22.05.2010.)

** le film qui fait trembler la France

Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, le film qui a fait couler beaucoup d’encre durant plus de deux semaines à la 63e édition du Festival international de Cannes a été présenté, vendredi matin, devant plus de 4 000 journalistes et télévisions du monde entier.

Pour éviter tout incident, les organisateurs et le gouvernement français ont pris des mesures exceptionnelles pour le bon déroulement de cette projection très spéciale, menacée par l’extrême-droite. Très tôt le matin, des cars de CRS se sont installés aux abords du Palais de la Croisette.
Du jamais vu dans l’histoire du festival, nous expliquent les habitués. Un cordon de CRS a fermé également quelques rues adjacentes menant au lieu de la projection. Trois points de contrôle ont été installés pour les journalistes invités à la projection. Même les petites bouteilles d’eau étaient retirées à l’entrée. Dans l’immense salle de cinéma du Théâtre-Lumière, la polémique a enfin laissé place au débat constructif et surtout au cinéma…. le vrai.
Plus de 24 ans après la dernière image prémonitoire de Mohamed-Lakhdar Hamina, l’Algérie retrouve enfin la compétition pour la Palme d’Or. À cette occasion, une importante délégation algérienne était présente à la Croisette composée par les principaux cadres du ministère de la Culture, conduite par Mme Zahera Yahi, chef de cabinet de la ministre Khalida Toumi et Ahmed Bedjaoui, conseiller auprès de la ministre pour le cinéma. Étaient également présents l’un des principaux producteurs du film Hors-la-loi, Mustapha Orif, directeur de l’AARC (Agence algérienne du rayonnement culturel), mais aussi des réalisateurs venus d’Alger et de Paris, invités pour soutenir le seul film algérien présent au plus prestigieux festival du monde.
Car au-delà des fausses apparences, l’Algérie sera en force sur la Croisette, avec des journalistes dépêchés d’Alger, (en plus de ceux installés en France) représentant tous les médias (radio, presse écrite publique et privée et bien sûr la Télévision). Mais l’événement majeur pour la délégation algérienne, c’est surtout la présence de la comédienne principale du film, Chafia Boudraâ, qui plus de 44 ans après Keltoum qui était venue monter les marches en 1966 pour représenter Vent des Aurès de Mohamed Lakhdar Hamina, était là pour représenter, elle aussi, la douleur et le combat de la femme algérienne durant la guerre d’Algérie.
Comme son équipe nationale de football en Suisse, la délégation algérienne sera sous haute protection, et ce, pour éviter des débordements qui peuvent intervenir de la part de l’extrême-droite, le jour de la projection.
D’ailleurs, le maire de la ville de Cannes a invité les parlementaires de l’UMP et les associations de “rapatriés et de harkis” à déposer une gerbe de fleurs à trois kilomètres du lieu de la projection et à barrer toutes les routes qui mènent au Palais du Festival, et ce, pour empêcher l’arrivée de la marche silencieuse vers le lieu du festival. Au-delà du cachet politique du film, Hors-la-loi c’est aussi une production internationale dans laquelle l’Algérie a participé en force afin de rattraper probablement l’absence de l’Algérie dans la production de l’opus Indigènes du même Bouchareb. Ce film avait été entièrement financé par la France et soutenu par le Maroc, mais Bouchareb présentera sans rancune le film aux Oscars au nom de l’Algérie, ce qui a provoqué la colère des Français et des Marocains.
Résultat pour le film Hors-la-loi, l’Algérie a mis le paquet : 4 millions d’euros, soit 20% du financement global du film qui a été évalué à 19,5 millions d’euros. L’aide algérienne a transité via le Fdatic (500 000 euros), le ministère des Moudjahidine (1,5 million euros), l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (1 million d’euros), Sonatrach et Sonelgaz (750 000 euros) et l’ENTV (250 000 euros). C’est le plus grand montage financier pour un film algérien, mais aussi pour un film africain, bien plus que les Égyptiens, qui dominent la planète du cinéma arabe.
La presse française ne cesse de dire que la France est majoritaire dans la production du film de Bouchareb et pourtant en matière de financement public, l’Algérie reste majoritaire puisque les entreprises publiques françaises, le CNC (Centre national du cinéma représentant du ministère de la Culture française), n’a accordé qu’une aide sous la forme d’une avance sur recette de 650 000 euros. La commission de la diversité a apporté, quant à elle, 50 000 euros. Le reste de la production est soutenu par des opérateurs privés et semi-publics : France Télévision et Canal+, qui fournissent plus de 12 millions d’euros. Car l’objectif de ces télévisions, ce sont les reventes aux télévisions du monde. Plus de 20 pays avaient acheté l’opus de Bouchareb Indigènes.

UN FILM ÉPOUSTOUFLANT
Sur le plan cinématographique, Rachid Bouchareb a donné une dimension internationale et artistique pour le cinéma algérien avec ce film. Comme dans Indigènes et bien plus dans Hors-la-loi, le film de Bouchareb se rapproche beaucoup plus du cinéma américain de Coppola et de Sergio Leone que du cinéma français qui a été son formateur. Comme pour son film précédent, le film débute par une date historique 1925, début du mouvement nationaliste. Un plan large d’une contrée désertique, le Caïd joué par Larbi Zekal vient annoncer l’expropriation de la terre d’une famille de paysans algériens. C’est la seule scène du film qui est tournée en Algérie. La mère, jouée par Chafia Boudraâ et le père joué, par Ahmed Benaïssa nous rappellent le début de la fresque des Corleone de Coppola.
Quand Jamel Debouze vient tuer au couteau le Caïd, sur le balcon de son jardin comme l’avait fait Robert de Niro dans le Parrain 2. Rachid Bouchareb, qui est habitué aux Oscars, ne cache pas ses références cinématographiques américaines. Puis vient la scène de toute la controverse : les massacres de Sétif en 1945. Dix minutes ont suffi pour les milliers de journalistes présents pour comprendre le début du conflit historique et la source de la polémique entre l’Algérie et la France.
Sobrement filmé mais cinématographiquement réussi, le film ne s’attarde pas sur cet événement qui fait trembler la France. C’est à travers la saga de trois frères magnifiquement joués par Roshdy Zem, Jamel Debbouze et Sami Bouajaïlia et de leur mère Chafia Boudraâ, que Bouchareb raconte à sa manière l’histoire de l’Algérie entre 1945
et 1962.
Un scénario bien ficelé où Bouchareb joue l’équilibriste montrant aussi bien la lutte sans concession du côté FLN que la violence arbitraire du côté français. Le réalisateur, qui débute par une manifestation réprimée avec la violence et un match de boxe le 8 mai 1945, finit son film également par un match de boxe et une manifestation réprimée en 1961 dans la capitale française. Le tout à travers la parcours de trois frères que tout sépare mais que tout rapproche. Ce n’est pas un film de gangsters comme le disent certains nostalgiques de la France coloniale mais une saga familiale qui a pour fil rouge l’histoire de la Révolution algérienne. À la projection, c’est l’émotion, une jeune scénariste présente à nos côtés, très émue, essuie ses larmes.
Les journalistes français sortent en silence sans commentaire, les étrangers sont sonnés par la grande qualité cinématographique du film. Comme cette journaliste allemande Barbara Shweizorhof qui ignorait que l’Allemagne avait contribué au soutien du FLN en armes et munitions. Pas d’applaudissements dans la salle, mais des cris “Vive l’Algérie” comme dans un stade, lancés par quelques Algériens invités à la projection. Comme l’avait dit un réalisateur algérien à la fin du film, on a envie de refaire le 1er Novembre. Ne pas récompenser Hors-la-loi serait une injustice pour certains critiques, mais le film, selon d’autres observateurs, se trouve sur son chemin vers la Palme d’Or. Un autre film sur l’Algérie, Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, qui raconte l’histoire des moines trappistes assassinés par le GIA. Le film, qui ne prend aucune position politique sur l’affaire des moines de Tibhirine, a reçu un accueil favorable de la part des critiques à Cannes.
Ainsi, Hors-la-loi a été projeté malgré la paranoïa de ses détracteurs et les critiques injustes contre un film qui va être une œuvre référence en France. Pour les Français qui ignorent un pan entier de leur histoire coloniale en Algérie et surtout pour les jeunes Beurs qui risquent de comprendre parfaitement ce qu’avait nourri la Révolution algérienne, notamment dans sa lutte en France. (Liberté-22.05.2010.)

**un autodafé des temps modernes.

Ce qui est à retenir, c’est qu’un film  a réussi à ébranler la France et que cette levée de boucliers dans le pays des droits de l’Homme n’est rien moins qu’un appel à un autodafé des temps modernes.

Un film se veut simple quand il véhicule un message à ceux qui n’ont pas vécu une tranche d’histoire cadenassée. Un film, même quand il se veut historique, distille des séquences de fiction pour un meilleur intérêt, une meilleure pédagogie. C’est ce qu’ont réussi Bouchareb et son équipe avec ce cocktail dont ils étaient loin de penser que leur film, empreint de pragmatisme, serait molotov, en même temps, reçu par les impénitents de la France coloniale.
Jamais un film américain, et il y en a eu, sur la guerre du Viêt-nam n’a soulevé un tel tollé et, plus grave, avant même sa sortie dans les salles. Hors-la-loi est un film émouvant dont certaines images arrachent quelques larmes, fait de symboles et de lectures à degrés multiples. C’est a priori, l’histoire d’une mère et de ses trois enfants, aux destins différents, qui se retrouvent au final pour l’indépendance de leur pays. Mais cette mère (interprétée par Chafia Boudraâ de manière admirable) ne symbolise-t-elle pas l’Algérie dont elle couve une motte de sa terre en son sein ? Ses fils ne représentent-ils pas ces Algériens, aux caractères contraires, qui se solidarisent pour porter la révolution en France. Entonner  Quassaman à la prison de la Santé, en 1956, pour accompagner un militant qui se dirige dignement vers l’échafaud, renvoie à Zabana, le premier guillotiné d’une longue liste. Le générique du film, qui pose le problème de l’expropriation, fait l’économie de commentaires, les images assénées suffisent et cadrent la suite de ce que sera cette page de l’histoire. Autre secousse, le massacre de Mai 45, séquence courte mais suffisante pour que la photo livre l’ignominie et l’insoutenable comportement du colonisateur. Ce n’est qu’à ce moment que le film se déroule dans une France libérée qui maintient encore son rêve d’empire. Les exploités des usines de Courbevoie prennent conscience et les trois frères de sang deviennent des milliers de frères de la Révolution. En attendant que les historiens se penchent sur cette tranche de l’histoire dont les cicatrices ne sont pas encore refermées, il faut se contenter de voir en ce film une œuvre artistique qui dérange certains nostalgiques (moyenne d’âge 60-70 ans) et conforte d’autres, plus nombreux, qui ont une preuve supplémentaire que la colonisation n’est pas un bienfait, que la civilisation n’était ni dans les besaces de sa soldatesque ni dans l’esprit de ses colons.
En conclusion, le premier constat à tirer comme enseignement, jusqu’ici inavoué, aujourd’hui étalé en plein jour, est cette symbiose entre des élus du parti du président Sarkozy et des militants du Front national. Ce qui est à retenir c’est qu’un film a réussi à ébranler la France et que cette levée de boucliers dans le pays des droits de l’Homme n’est rien moins qu’un appel à un autodafé des temps modernes. On comprend aisément, après avoir vu ce film admirable, combien le devoir de repentance est ardu et difficile à assumer. (Liberté-22.05.2010.

*****  «Hors-la-loi»: au nom des Frères…

Le réalisateur Rachid Bouchareb a opté pour la synthétisation des faits que la fiction autorise.

Chronique d’une fratrie dépossédée de sa terre en 1925. Cela se passe dans les Hauts-Plateaux du Sétifien. Le père voit débarquer chez lui, le Caïd flanqué de deux représentants de la maréchaussée. Le caïd (Larbi Zekkal), signifie à un paysan (Ahmed Benaïssa) qu’en l’absence de document écrit, la terre appartenait de fait au colon du coin… Cette prolongation, dans les faits, du Senatus Consulte napoléonien va se dérouler sous les yeux de trois enfants (Messaoud, Saïd et Abdelkader)…
1945: la libération de la France du joug nazi. Sous l’air des lampions, les Européens fêtent la victoire. Les Algériens sortent à Sétif pour réclamer la liberté, un jeune scout est en première ligne, un emblème national entre les mains. Et puis tout s’emballe…
Le jeune louveteau sera abattu. S’ensuivra un massacre en règle. L’écran révèle des corps allongés sur les trottoirs. Des exécutions sommaires. Dans la réalité, c’était un mardi, jour de marché. Environ 15.000 personnes étaient parties de la mosquée de la gare, remontant la rue des Etats-Unis pour se diriger vers le centre-ville, rue Georges Clémenceau… Les mains nues, criant à gorges déployées, des slogans pacifiques: «Liberté», «Libérez Messali Hadj», etc.
Derrière les drapeaux des Alliés (de la France), les jeunes scouts étaient au premier rang suivis des porteurs de la gerbe de fleurs, et les militants suivaient juste derrière pour éviter tout débordement de la masse paysanne.
Quand soudain, et pour la première fois, le drapeau algérien faisait son apparition porté par un jeune scout. Ces couleurs nationales firent sortir de ses gonds le service d’ordre colonial. Des policiers se précipitèrent pour s’en emparer.
Le maire (socialiste) de Sétif pressentant le carnage supplie les policiers de ne pas tirer. Trop tard, un inspecteur en civil avait déjà mis en joue le jeune scout. Saâl Bouzid est abattu. Du Café de France d’autres européens tirent à leur tour et c’est le début de la plus grande tragédie à ciel ouvert perpétrée par une autorité coloniale en un laps de temps: 45.000 morts!
Mais Rachid Bouchareb optera pour une synthétisation des faits que, bien entendu la fiction autorise. Six minutes plus tard, l’action se transporte en France où la fratrie se reconstitue tant bien que mal: Saïd (Djamel Debbouze), Abdelkader (Sami Bouadjila) rejoints par le rescapé de la guerre d’Indochine, Messaoud (Roshdy Zem). Abdelkader avait été, en réalité, à l’origine de l’émigration de la famille en France, ayant été déporté, suite aux événements du 8 mai 1945, dans une prison parisienne. Et puisque la fiction autorise les raccourcis pour les besoins de l’histoire, le réalisateur fera «procéder» à la première exécution par guillotine, dans la cour de la prison de la Santé. Abdelkader en a suivi toute la procédure macabre à travers les barreaux de la fenêtre de sa cellule.
Cela l’aguerrira complètement. Il deviendra ce chef FLN qui, patiemment mais sans aucun état d’âme, tissera le réseau de ce qui deviendra par la suite la Wilaya 7 de la Fédération de France du FLN. Messaoud réussira à convaincre Abdelkader de le suivre dans cette aventure révolutionnaire. Mais aura moins de chance avec Saïd, plus intéressé de brûler les étapes pour survivre et plus tard flamber. Il s’alliera au gang corse pour se partager le bitume de Pigalle jusqu’au jour où il accomplira son rêve, ouvrir une salle de boxe…
Entre-temps la guerre est devenue fratricide, FLN et MNA se combattent sans pitié.
Les premiers porteurs de valise apparaissent. Les ellipses se succèdent, Rachid Bouchareb semble pressé de resserrer la toile qu’il a tissée pour mieux enserrer le destin des trois frères… En face, les services secrets français ne sont pas en reste.
Coup pour coup. «La Main Rouge», (ancêtre de l’OAS), fera son apparition en France, en 1957, à l’instigation du colonel Grossin. Ce sera le pendant de l’organisation terroriste créée par des colons extrémistes, en Tunisie, et dont la première victime fut, en 1952, le leader syndicaliste, Ferhat Hached.
Les deux frères sont emportés dans le tourbillon vertigineux de la guerre de Libération; en cours de route ils perdront leur mère, Chafia Boudrâa, étonnamment revêtue d’une coiffe différente, au moins de celle qu’avait Keltoum dans Le Vent des Aurès… Un détail qui brouille une certaine lisibilité de l’époque, celle des années cinquante où le foulard en turban était plus «dicible».
Orphelins de mère aussi, les frères finissent par s’unir, sous le feu de l’ennemi, refusant d’être aussi orphelins de la terre de leurs aïeux… De cette épopée, aux accointances cinématographiques avérées, surtout du côté de John Milius et son «Dillinger»… le cinéaste opta pour cette lumière particulière où l’on perçoit les particules de poussières au gré des halos.
Djamel Debbouze reste le plus naturel dans une interprétation physique qui n’est pas sans rappeler le grand Edward G. Robinson des grands jours. Dans un registre d’une sobriété, presque nippone, Roshdy Zem remplit bien son contrat.
Quant à Sami Bouadjila, il a su trouver cette froideur mécanique des justiciers solitaires comme les affectionne tant Sergio Leone… Hors-la-loi, est en somme, un film noir pour une cause qui mérite bien son droit au soleil… (L’Expresssion-22.05.2010)

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Le film n’est pas un champ de bataille”

Quelques minutes après la projection du film Hors-la-loi, les centaines de journalistes qui ont eu juste le temps de savourer un café offert par un grand sponsor du festival, se sont rués vers la salle où a eu lieu la traditionnelle conférence de presse des réalisateurs.

Des dizaines de bodyguards en costume beige sont là pour vérifier les badges (rose pour la presse internationale, jaune pour la presse française). Là, c’est une véritable organisation qui se met en place. Les caméras sur un petit balcon, les journalistes assis et les photographes ont quelques minutes pour prendre des photos avant de disparaître.
Sur la tribune, l’équipe du film est au complet. Le réalisateur Rachid Bouchareb et les producteurs du  film : Le Français Jean Bréhat, l’Algérien Mustapha Orif et le Tunisien Tarek Benamar. Et bien sûr les comédiens principaux du film : Roshdy Zem, Samy Boujailia, Jamel Debbouze et surtout Chafia Boudraâ qui est désormais passée du statut d’artiste national à celui de vedette internationale assumant des interviews en  français. Cette conférence de presse très attendue a été ficelée par  l’équipe de communication du  film, comme un point de presse présidentiel.
Le politique pour le réalisateur, la coopération pour les producteurs, la comédie et la satire pour Debbouze, l’expérience pour Roshdy Zem et l’humain pour Chafia Boudraâ. C’est Rachid Bouchareb qui interviendra le premier en remerciant le délégué général du festival, Thierry Frémieux, qui a défendu et soutenu le film devant toute cette polémique.
Rachid Bouchareb dira à ce propos : “C’est exagéré, le film n’est pas un champ de bataille. Il y a un abcès et maintenant l’abcès a été percé… ouvrons le débat”. Le réalisateur déclare que “le passé colonial reste tendu, invitant les protagonistes à ouvrir le débat constructif vers l’avenir en regardant bien le passé”. Et d’ajouter : “Mon métier c’est de faire des films. Le film est là, alors discutons.”
Rachid Bouchareb a profité de cette première sortie médiatique pour dénoncer toutes les allégations sorties depuis la sélection du film au Festival de Cannes, indiquant qu’il n’a jamais reçu de pression de Matignon qui l’empêche de placer le film sous l’étendard algérien.
Il reconnaît toutefois qu’il a reçu des pressions de milieu d’extrême-droite, pour retirer le film du festival. Rachid Bouchareb ajoute que ce n’est pas du courage que de faire ce film, c’est plutôt faire du cinéma.
Jamel Debbouze, qui a beaucoup fait de cinéma lors de cette conférence de presse, a déclaré d’un ton sérieux que cette polémique est le fait que la république et le colonialisme ne font pas bon ménage.  Enfin Chafia Boudraâ, lala Aïni de
Dar Sbitar, a, pour la première fois de sa vie de comédienne, reçu sa  première salve internationale d’applaudissements quand elle a déclaré qu’“en Algérie, on m’a surnommée la  mère de tous les Algériens à cause de  mon interprétation dans un feuilleton, je suis en fait dans le film à travers ce rôle, la mère de toute l’humanité, car ce qui compte avant tout pour une mère, ce sont ses enfants”.
Rachid Bouchareb a enfin mis l’accent dans son intervention sur l’importance de la coproduction algéro-française, qui intervient quelques mois seulement après la signature de l’accord de coproduction entre l’Algérie et la France, précisant que le même scénario a été proposé aux deux parties sans que quelqu’un change une ligne du scénario. La conférence de presse s’est achevée sans incident et quelques journalistes qui demandaient la parole sont restés sur leur faim, puisqu’ils ont été empêchés par le modérateur Henri Béhar, de poser d’autres questions sur un film qui n’a pas encore fini de faire parler de lui. (Liberté-22.05.2010.)

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**PROJECTION DU FILM À ALGER
Rush à la salle El Mougar

Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, projeté hier en Algérie, a été très bien accueilli par le public.

C’est dans un climat détendu que la projection de Hors-la-loi de Bouchareb s’est déroulée hier, à Alger. Présenté à la salle El Mougar, devant un aréopage d’éditeurs, de dramaturges, d’artistes et de journalistes, ce film avait suscité, dès les premiers instants de la projection, une vive émotion parmi les présents. C’est avec la scène de la spoliation de la terre de Messaoud, Abdelkader et Saïd, les trois frères et principaux personnages de Hors-la-loi que s’ouvre le film.
Les événements se succèdent. Et c’est avec une grande perfection que Rachid Bouchareb nous retrace une période décisive de l’histoire de la guerre de Libération, à travers le périple de trois frères chassés de leur terre. La projection a eu lieu à 9 heures passées de quelques minutes et ce en l’absence de la première responsable du département de la culture, Khalida Toumi. Celle-ci avait, d’ailleurs, insisté pour que le film soit projeté à la même heure en Algérie. C’est ainsi que l’assistance à la salle El Mougar avait découvert le film au même moment que le public cannois.
«Même s’il y avait quelques imperfections, ce qui est tout à fait normal, le film était très réussi. Il y avait une certaine qualité de l’image, j’ai apprécié particulièrement les scènes d’action vers la fin du film. La scène du métro était aussi très émouvante», lancera Salah, un jeune étudiant à l’Ecole supérieure des arts dramatiques. «Je préfère de loin ce nouveau film de Bouchareb par rapport au précédent, Indigènes, sorti en 2006. Il y avait une certaine vision colonialiste. Celui-là est plus objectif…», fera observer un autre spectateur.
Une jeune cinéaste, Nadjma Hafiane, fera remarquer que «le casting n’était pas vraiment au point. Il y avait un certain problème d’accent. Chacun des comédiens (qui ont joué les rôles principaux), parlaient avec un accent différent. Le scénario était également ´´linéaire´´». Alors qu’une manifestation a été organisée en France, en guise de protestation, lors de la projection de Hors-la-loi au Festival de Cannes, c’est dans une ambiance survoltée que ce film a été accueilli à Alger, par les critiques, les intellectuels et la presse. Sélectionné en compétition officielle sous le drapeau algérien, le dernier film de ce cinéaste franco-algérien, avait suscité, avant même sa projection, une grande polémique en France.
Evoquant les massacres perpétrés par l’armée française, le 8 mai 1945 à Sétif, des ultranationalistes, des pieds-noirs et des harkis avaient manifesté contre sa participation dans l’une des plus prestigieuses manifestations cinématographiques en France et dans le monde entier: le Festival de Cannes. «Rétablir une vérité historique confinée dans les coffres», ce sont les quelques mots prononcés par le réalisateur qui ont marqué le début de la controverse. La pétition, qui avait été lancée par les protestataires et les nombreuses demandes formulées par ces derniers pour l’annulation pure et simple de la participation de ce film, n’avaient pas reçu d’échos favorables.
Quoi qu’on puisse dire sur le dernier film de Rachid Bouchareb, il n’y a aucun doute sur le fait que les blessures provoquées par la guerre de Libération n’ont toujours pas été cicatrisées de part et d’autre de la Méditerranée. (L’Expression-22.05.2010.)

****Brève histoire d’un passé qui ne passe pas

«Quand trop de sécheresse brûle les coeurs, quand la faim tord trop d’entrailles, quand on rentre trop de larmes, quand on bâillonne trop de rêves. C’est comme quand on ajoute bois sur bois sur le bûcher. A la fin, il suffit du bout de bois d’un esclave, pour faire, dans le ciel de Dieu et dans le coeur des hommes, le plus énorme incendie.»
Mouloud Mammeri

Il est curieux de constater que les plus grands laudateurs du mythe de l’Algérie française, sont en fait, des émigrés de la première, de la deuxième ou de la troisième génération. De quoi s’agit-il? Cette fois c’est d’un film fiction réalisé par Rachid Bouchareb et appelé Hors-la-loi, plus justement d’après nous: «Hors la Loi coloniale». Il y décrit en six minutes sur deux heures, les prémisses de la guerre d’Algérie par les massacres de Sétif. Tollé général dans le Sud-Est de la France. Les élus de la région, sans avoir vu le film, tirent à boulets rouges sur le film d’autant qu’il a été sélectionné par le Festival pour passer le 21 mai. Même Thierry Frémaux, président du Festival, avait jugé que ce film avait toute sa place dans la «maison des cinéastes, et avait apprécié, d’après Rachid Bouchareb, les qualités esthétiques.
Que reproche-t-on à ce film? De n’avoir pas parlé – encore une fois sans voir le film- de la centaine de morts européens. Qui en est le porte-drapeau? Il y a d’abord le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants qui se permet de donner son avis sur le scénario du film en le faisant valider par les services cinématographiques de l’Armée à la demande d’un deuxième émigré de la deuxième génération, le député Lionnel Luca, né en 1954, au début de la guerre, fils d’un émigré. Son père, qui nous vient des lointaines Carpates (Roumanie), s’engagera ensuite dans la Légion étrangère et servira en Indochine. Il sera naturalisé en 1958. Il y a enfin le beur (l’arabe chrétien), le député Elie Aboud, né le 12 octobre 1959 à Beyrouth (Liban), qui avait cinq ans au début de la guerre d’indépendance et qui en rajoute selon le fameux principe «Etre plus royaliste que le roi».

«Ce n’est qu’une fiction»
Personne à leur propos, ne parle de leurs ascendants; le corps social français les ayant absorbés. Ce ne sont pas des émigrés de la première, deuxième génération ou troisième, contrairement aux beurs, même enfants de harki, qui sont toujours et toujours des beurs numérotés première génération, deuxième, 10e génération. On peut s’interroger, à juste titre, pourquoi ils sont facilement intégrés. Sans faire dans les déductions faciles, on ne peut pas ne pas penser au ciment de la religion chrétienne qui lie d’une façon invisible, ceux qui aspirent à être Français. Pourtant, lors d’un meeting, l’arabe de service de l’UMP, présenté au ministre de l’Intérieur comme buvant du vin et mangeant du cochon, n’a pas eu les faveurs de ce dernier qui aurait dit en substance: «Quand il y en a un ça va, quand il y en a plusieurs cela pose problème.»..
«En tant que député, je n’ai pas à juger du contenu d’une oeuvre culturelle, mais dans la mesure où ce film bénéficie d’une subvention du Centre national du cinéma, le député a un droit de regard. Je n’admettrai pas qu’on utilise de l’argent public pour insulter la République.» Elie Aboud qui a allumé la polémique fin avril, a plus précisément accusé Rachid Bouchareb d’occulter les meurtres d’Européens qui ont précédé les massa-cres de Sétif. Il l’a accusé, sur la base d’un bref avis émis, à partir d’un scénario provisoire, par le service historique du ministère de la Défense, lequel relève des anachronismes. Pour sa part, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (Sacd), qui gère les droits de 48 000 auteurs de l’audiovisuel et du spectacle vivant, a ironiquement décerné à Lionnel Luca un prix de la «Bêtise avec un grand C», selon le mot du poète Jacques Prévert. Douze intellectuels dont sept historiens, défendant la «liberté d’expression», ont dénoncé, de leur côté, un «retour en force de la bonne conscience coloniale», tandis que la Ligue des droits de l’Homme (LDH) s’insurgeait contre les «pressions» exercées sur les financeurs du film et sur le Festival.
Pour sa part et devant la polémique qui enfle, Rachid Bouchareb a appelé au calme dès l’ouverture du Festival et souhaité que les désaccords suscités par cette «fiction» s’expriment «dans la sérénité». «Devant de telles passions et dans un souci d’apaisement, il m’apparaît important de rappeler deux choses: Hors-la-loi est un film de fiction, une saga qui raconte l’histoire de trois frères algériens et de leur mère sur une période de plus de trente-cinq ans, du milieu des années trente à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Il faut qu’il soit possible que le cinéma aborde tous les sujets». Se défendant de vouloir faire oeuvre d’historien, il a souhaité que le désaccord, s’il s’exprime, se fasse «dans un cadre pacifique et dans la sérénité du débat d’idées», après la projection.
Elie Aboud, qui a fait sa carrière en caressant les pulsions revanchardes de l’électorat nostalgique, n’en est pas à sa première provocation.
«Après avoir cautionné, écrit l’IDH de Toulon, par sa présence, une cérémonie d’hommage à l’OAS, le 26 mars dernier, au cimetière neuf de Béziers, le député Elie Aboud a participé le 12 décembre à l’inauguration d’un rond-point dédié au bachaga Boualem, à Béziers. Il est vrai que Elie Aboud est député d’un département où les extrémistes de l’Algérie française» continuent à se manifester bruyamment… Mais, cet homme politique, ambitieux semble ignorer que les pieds-noirs et leurs descendants ne sont pas tous nostalgiques de la période coloniale, que les harkis sont las d’être instrumentalisés, et que les liens qui se sont tissés entre les deux rives de la Méditerranée sont profonds. La guerre d’indépendance algérienne s’est terminée il y aura bientôt cinquante ans. Il serait temps que la France regarde son passé en face, qu’elle exprime enfin quelque «regret» pour les violences faites aux Algériens pendant la période coloniale, et qu’elle établisse avec son voisin, des relations fondées sur le respect mutuel.(1)
Lionnel Luca est de ceux ayant âprement défendu l’article 4 de la loi du 23 février 2005 (modifié par décret en 2006) énonçant que «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires, la place éminente à laquelle ils ont droit». Lionnel Luca affirmant même: «En disant que s’il n’y avait pas eu la colonisation, ni Léon Bertrand, ni Azouz Begag ne seraient ministres de la République française, je n’ai fait que rappeler une évidence, un fait, sans aucune arrière-pensée. «On peut lui rétorquer que c’est parce que la République a une forte volonté d’intégration qu’elle l’a, en tant qu’émigré, lui aussi de la deuxième génération comme Azouz Begag, intégré et lui a donné le droit de dire le droit. Pour l’histoire, c’est dans une lettre du 7 décembre 2009 qu’il a adressée à Hubert Falco pour le saisir du cas de ce film auquel le Centre national du cinéma (CNC) apportait son soutien financier: «On peut s’interroger sur cette volonté d’encourager une repentance permanente que le président de la République a plusieurs fois condamnée. A défaut de pouvoir intervenir sur le CNC, je vous saurais gré de bien vouloir veiller à ce que la sortie du film ne puisse être cautionnée par les officiels français.»
Encore heureux que le film soit présenté sous bannière algérienne. Au vu de ce qui a précédé, le véritable problème que pose le film ne semble pas essentiellement tenir aux inexactitudes relevées par le SHD. Comme le précise fort justement l’historien Pascal Blanchard: «Mais ce n’est pas le sujet, Hors-la-Loi est une fiction. On n’a jamais reproché à Francis Ford Coppola, le réalisateur d’Apocalypse Now, de n’avoir pas filmé la guerre du Vietnam dans l’ordre où elle devait être racontée.»

Des milliers de morts
En mai 1945, dans cette atmosphère délétère où la chape de plomb paraissait durer mille ans, des Algériens ont cru que l’heure de l’indépendance avait sonné. Ce fut une répression innommable. Il est vrai que les Européens d’en bas avaient un statut de race supérieure. Un fil rouge séparait d’une façon invisible les deux communautés, ce sont les interdits de la société coloniale dont parle si bien Pierre Bourdieu dans son ouvrage Sociologie de l’Algérie. Le 8 mai 1945, jour de la signature de la capitulation allemande, dans la plupart des villes d’Algérie, des cortèges d’Algériens musulmans défilent avec des banderoles portant comme mot d’ordre: «A bas le fascisme et le colonialisme». À Sétif, la police tire sur les manifestants algériens. Ces derniers ripostent en s’attaquant aux policiers et aux Européens. C’est le début d’un soulèvement spontané à La Fayette, Chevreuil, Kherrata, Oued Marsa… On relève 103 tués, assassinés dans des conditions atroces, et 110 blessés parmi les Européens. Les autorités organisent une véritable guerre des représailles qui tourne au massacre. Fusillades, ratissages, exécutions sommaires parmi les populations civiles se poursuivent durant plusieurs semaines. Les nationalistes algériens avanceront le chiffre de 45.000 morts, d’autres sources françaises, récentes, avancent le chiffre de 15.000 à 20.000 morts. [...]» Guy Pervillé citant Claude Liuzu, parle de plusieurs milliers de morts.
Il y eut plusieurs milliers de morts dont des centaines sans sépulture, nous avons même eu droit à des fours crématoires à Héliopolis (Guelma). Il faut lire le livre: Les massacres de Guelma un Journal personnel écrit par Marcel Reggui (professeur de lettres, français d’origine algérienne, converti au catholicisme) qui débarque à Guelma pour mener une enquête sur le meurtre de trois membres de sa famille (sa soeur et ses deux frères) en ce mai 1945 et qui y note tout ce qu’il découvre. Il ne révélera jamais son journal, Pierre Amrouche découvre ce journal de Marcel Reggui ami de Jean Amrouche.
L’historien Gilles Manceron, écrit Nadia Bouzegrane, a vu une mouture du film. S’il a relevé quelques inexactitudes historiques de la part du réalisateur, il s’élève contre les pressions politiques qui se sont manifestées pour interdire cette première fiction cinématographique sur les massacres du 8 mai 1945. Pour lui: «Cette polémique témoigne d’un phénomène qu’on connaît déjà, c’est-à-dire l’existence de milieux nostalgiques de la colonisation qui sont portés par l’extrême droite, mais qui sont aussi représentés au sein même de la majorité politique actuelle en France (…) Ce qui n’est pas normal, parce que l’Etat n’a pas à s’ériger en critique de cinéma et en décideur de ce qui est bien ou mal dans la production cinématographique. Cette agitation préalable de la part de l’Etat et du milieu politique ne me semble pas une bonne chose. Il y a une liberté de création dans une société démocratique. (…) Ils se fondent toujours sur les mêmes idées, c’est-à-dire qu’il ne faut pas montrer les exactions de l’armée française, la violence des colons, que ce n’est pas vrai ou bien ce n’était qu’une réponse légitime à une violence préexistante, alors que c’est le contraire qui s’est produit. C’est la même idéologie de justification et de dénégation de la part de gens qui ne veulent pas voir les réalités de l’histoire, qui dénient le droit à la résistance qui s’était exercée contre la colonisation française. A la question: «Cela ne montre-t-il pas, une fois encore, que la dénégation est encore vivace, même si deux ambassadeurs français ont qualifié les événements du 8 mai 1945 d’«épouvantables massacres» et de «tragédie inexcusable»? Il répond: «C’est ce que j’appelle la croisée des chemins, parce qu’il y a deux discours contradictoires qui se tiennent dans la société française: il y a un discours selon lequel il faut que la France regarde son passé, y compris les pages sombres de ce passé, et les reconnaisse, notamment tout ce qui renvoie à l’histoire coloniale et à l’histoire franco-algérienne; et puis il y a l’idée selon laquelle il n’y a rien à regretter du point de vue de ce passé colonial qui serait une oeuvre positive. A mon avis, la reconnaissance est inévitable, la France ne pourra que le faire parce que c’est intenable d’être dans la dénégation.»(2)
L’offensive est lancée: le maire de Cannes, Bernard Brochand (UMP), qui a vu le film, a choisi vendredi, jour de sa présentation officielle, pour rendre hommage, à 10 heures 30 (heure de projection du film), devant le monument aux morts de l’Hôtel de ville, aux «victimes françaises» de la guerre d’Algérie et des événements de Sétif, le 8 mai 1945. «Une cérémonie du souvenir organisée en hommage aux victimes françaises de la guerre d’Algérie a été voulue par la municipalité de Cannes afin de marquer (…) son attachement à la mémoire de nos compatriotes civils et militaires, et des hommes des forces supplétives tombés au cours des événements de Sétif.» De même, le même jour à 10 h, Elie Aboud a annoncé l’organisation d’une marche silencieuse, du monument aux morts de Cannes au palais du Festival. Trois gerbes seront déposées, l’une par le sous-préfet, l’autre par les élus, la dernière par les organisations de rapatriés, a précisé à la presse le député de l’Hérault. La France officielle est donc représentée.
Cela ne nous étonne pas. Albert Camus disait qu’ «il est bon qu’une Nation soit assez forte de tradition et d’honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais il est dangereux en tout cas de lui demander de s’avouer seule coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle». C’est à non point douter l’abécédaire fondateur de la non-repentance et de «la tyrannie de la repentance» théorisée par les Pascal Bruckner et consorts et qui ont amené le président de la République française à Toulon, quelques jours avant son intronisation comme président en mai 2007, à parler de la non-repentance et de la haine de soi. En clair, la colonisation a du bon et nous en voyons les conséquences par les bravades des nostalgériques à vouloir dicter un récit à leur image. Quelles que soient les rodomontades, la vérité éclatera un jour ou l’autre. Dans cette histoire, c’est un peuple qui a commencé à se battre non pas à partir de 1945 mais depuis que les hordes sauvages de l’armée d’Afrique ont débarqué sur les plages de Sidi Ferruch. Il y eut une dizaine de révoltes officielles pendant près de 80 ans jusqu’aux dernières révoltes de Marguerite. Ensuite, fort de son pouvoir génocidaire, la France coloniale pensait avoir définitivement annihilé le sentiment national algérien qui n’a pu alors s’exprimer qu’à travers la lutte politique jusqu’en 1945, point d’orgue de la conviction que l’émancipation des Algériens ne se fera pas dans le cadre colonial condamné par l’histoire. Ce n’est pas, apparemment, demain que nous verrons une histoire apaisée qui fait la part réelle des choses.
Un peuple a risqué de disparaître en 132 ans de dénégation de dignité humaine. Ce film passera, on peut parier que pour la «raison d’Etat», une entente s’est faite pour qu’il ne soit pas récompensé à sa juste mesure. (L’Expression-22.05.2010.)
1.Elie Aboud, ou le déni du passé colonial de la France. www. IDH Toulon: Les deux rives de la Méditerranée- 15 décembre 2009
2 Nadjia Bouzeghrane Gilles Manceron.: «Le film est dénigré pour de mauvaises raisons» El Watan 5 mai 2010

Pr Chems Eddine CHITOUR

3 réponses à “Festival de Cannes 2010”

  1. 28 09 2012
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  2. 30 12 2012
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