La tempérance

*La surconsommation est en perte de vitesse, voici l’époque de la tempérance.

       “Plus on est sobre, plus on gagne en plaisir”

Le discours du « toujours plus » est en perte de vitesse. Voici venue l’époque de la tempérance. Mais comment l’enseigner à nos enfants, que l’on aime tant gâter ? La Ministre française  de l’Écologie et le célèbre pédopsychiatre explorent les pistes d’une consommation raisonnée en famille.

Madame Figaro. – Du monde des idées au panier de la ménagère, on ne parle plus que de sobriété. Quel sens donnez-vous à ce mot ?
Nathalie Kosciusko-Morizet.– C’est une vertu qui doit nous conduire à rechercher la qualité plus que la quantité, pour ne pas gâcher. Depuis un demi-siècle, notre société a dérivé vers le « toujours plus » en réaction aux privations de la guerre. Voilà pourquoi la génération née dans les années 1950 peine à adopter un discours de sobriété : parce qu’ils sont très angoissés par l’idée du manque. Nous avons poussé très loin dans cette logique d’hyperconsommation audétriment d’une forme de retenue. Edgar Morin le dit très bien : « Nous devons passer d’une société de la quantité à une société de la qualité. »
Marcel Rufo *.

– Je vois une autre explication. Aujourd’hui, les adolescents les plus stigmatisés sont ceux qui souffrent de surpoids. Le sociologue Éric Maurin analyse ce phénomène dans Le Ghetto français (éd. du Seuil). On s’aperçoit que l’obésité explose dans les classes populaires. Et surtout dans les familles migrantes qui ont souffert de pénurie dans leur pays d’origine. Pour elles, consommer, c’est accéder à l’eldorado. Or, pour être sobre, il faut être capable de manquer. Cette démarche est évidemment plus facile dans les milieux privilégiés.Croyez-vous à une forme de sobriété heureuse ?
N K-M. – Bien sûr ! Il n’est pas question ici de sacrifice. On peut avoir tout ce dont on a besoin, mais en recherchant la qualité dans tous les aspects de son existence. En ce moment, cette exigence s’exprime de manière aiguë dans l’alimentation. Les consommateurs, par exemple, recherchent plus de goût à travers les fruits de saison. Le poids n’est plus le seul critère. La mode de la cuisine méditerranéenne, qui n’est bonne que lorsque les produits sont excellents, illustre aussi ce désir de plus de qualité et de plus de goût. Plus on est sobre, plus on met d’attention dans son assiette, et plus on gagne en plaisir.
*Chef du service de pédopsychiatrie au CHU Sainte-Marguerite de Marseille.
***

L’attente et le doute font naître le plaisir

Qu’ils soient riches ou pauvres, les trois quarts des Français avouent qu’ils surgâtent leurs enfants. Comment l’expliquez-vous ?
M R.– Nous avons glissé de parents qui éduquent à des parents qui séduisent. Et cette séduction passe par la consommation. Chaque fois que je vois des enfants qui trépignent devant les rayons de bonbons dans les grandes surfaces, j’ai envie de dire aux parents : « Soyez adultes avec votre enfant. Dites-lui “non”. » Si un enfant a tout, quelque part, il n’a plus rien. Il faut lui laisser de la place pour construire son désir, qu’il finisse par demander : « Maman, est-ce que je peux avoir… » Et la mère peut dire non. C’est l’attente et le doute qui font naître le plaisir.

N K-M. – J’aime bien votre idée d’un minimum d’attente. Je pense que l’enfant en a besoin et même envie. Mon fils de 6 ans, par exemple, me réclame une toupie qui fait fureur en ce moment dans les cours de récréation. Je ne dis pas que je ne cède jamais, mais je ne cède pas tout de suite. C’est frustrant aussi pour lui d’avoir immédiatement tout ce qu’il veut.
Parce qu’il a toujours besoin d’avoir envie de quelque chose. On engendre d’autres genres de frustrations chez un enfant en cédant à tout. Et on l’épuise à susciter perpétuellement chez lui de nouveaux désirs. D’ailleurs, je ne suis pas sûre que cela corresponde à sa demande.Au quotidien, comment parlez-vous à vos enfants de la nécessité d’économiser les ressources ?
N K-M. – Plus que de leur imposer des diktats qu’ils ne comprennent pas, je préfère la pédagogie. Je passe beaucoup de temps à leur expliquer d’où viennent les produits qu’ils ont dans leur assiette, par exemple. D’autant plus qu’ils s’émerveillent de l’origine des choses. D’où vient le lait ? Où poussent les nouilles ? Je leur parle également des déchets. Je leur demande de faire attention, de bien regarder si tel produit n’est pas suremballé. Je trouve que le flux de matière, qui traverse notre quotidien est absolument angoissant.
M R. – Peut-être devrait-on proposer à des agriculteurs et à des bergers de venir parler dans les écoles des villes ? Ce serait fabuleux. L’hôpital où je travaille à Marseille est situé près d’une maison de retraite. Je rêve de construire un cabanon dans le parc où les personnes âgées viendraient raconter leur vie aux ados. Chaque personne est un musée de connaissance, et donc d’écologie. L’écologie, pour moi, c’est la personne, pas la nature ! ***

Les parents ont du mal à faire la part des choses

Notre fièvre acheteuse sévit fortement dans les nouvelles technologies. Comment freiner son ado quand on a du mal soi-même à résister à l’iPhone dernier cri ?
N K-M.– Dans la surconsommation technologique, distinguons l’objet et la pratique. Je n’ai pas de réserve sur les usages, qui restent de la communication et de l’échange. Je n’y vois pas motif à diabolisation. En revanche, j’ai plus de réserve sur la multiplication des objets high-tech. Personne n’a besoin de changer de téléphone tous les six mois pour envoyer des SMS. Les parents ont du mal à faire la part des choses parce que les opérateurs ne la font pas plus, qui vendent le forfait avec l’appareil. Ne tombons pas dans cette obsession de l’objet, absurde et source d’un grand gaspillage.
M R. – Je suis d’accord avec vous. Arrêtons de diaboliser les nouvelles technologies, car souvent elles désinhibent les adolescents. Et lorsque les jeunes deviennent accros, ce n’est pas à cause de l’outil. C’est plus un révélateur de fragilité qu’un créateur de pathologie.

*La mode est une construction de soi

Autre problème : l’influence grandissante des marques. À l’école, l’enfant pauvre, on l’évite parce qu’il n’a pas un jean griffé. Comment aider nos enfants à dépasser ce culte du logo ?
M R.
Ce problème me préoccupe beaucoup. Il faut dire à son ado qui ne jure que par les marques
qu’il est couillon. Lui expliquer que ce qui compte, ce n’est pas la marque, mais sa personnalité, la façon dont il porte le vêtement. Attention, je ne dénigre pas la mode. J’ai même créé une vêtothèque dans mon service hospitalier avec des habits à la mode pour que les jeunes anorexiques s’habillent et reprennent leur corporéité. La mode est une construction de soi. Mais elle peut aussi devenir une planque pour masquer son anxiété.

***

Vive le « do it yourself »

Plutôt que d’étouffer nos enfants sous une avalanche de cadeaux, comment les aider à apprécier ce qu’ils possèdent déjà ?
M R.– Au lieu de les acheter, fabriquons-leur des cadeaux ! L’enfant appréciera d’autant plus un présent qu’il nous a coûté en temps pour penser à lui.

N K-M. – La grande mode du Do it yourself est symptomatique de notre désir de sobriété. Même moi, qui suis pourtant très occupée, je m’y suis mise. Il y a deux ans, j’ai passé tout mon été à broder des étiquettes sur les vêtements de mon fils. Bien sûr, la broderie, il s’en moque. Mais comme je n’ai pas beaucoup de temps à lui consacrer pendant l’année, j’étais contente qu’il me voie faire quelque chose pour lui pendant l’été.

M R. – Dans mon bateau, il y a un vieux coffre avec à l’intérieur un vieux pull complètement mal foutu tricoté par ma maman disparue. Au large, quand il fait très froid, je me colle ce pull sur la peau et je suis heureux.

 *La sobriété veut aussi dire quelque chose en matière de gestion du temps

 Au-delà de la consommation, la sobriété est-elle pour vous une attitude ?
N K-M.
La sobriété veut aussi dire quelque chose en matière de gestion du temps. Je suis très mal placée pour en parler car mon agenda est une débauche. Mais pour les enfants, c’est important. Ils n’ont pas besoin de multiplier les activités, les cours de langues, de danse, de piano. Pour ma part, j’ai tenu à ce que mes enfants aient une maison dans le Cotentin, située en plein marais, entre deux fermes laitières, où il n’y a pas grand-chose à faire. Dans la cour, il y a un pommier sous lequel s’installer pour rêver et musarder. Ils y passent une partie de leur été.
M R. – Je rêve que l’on installe dans les collèges non pas des CDI suréquipés, mais des salles d’ennui. Car l’ennui permet de penser. Dans la conquête de sa vie et de sa personne, l’enfant doit disposer d’un temps à lui non maîtrisé. Là encore, pour les parents, c’est une question de sobriété. De renoncer à l’idée qu’ils sont des parents parfaits et que l’enfant est une deuxième chance pour eux d’être un enfant. L’enfant doit pouvoir être lui, et non l’enfant que l’on rêve toujours d’être. En matière d’éducation, ce serait un pas énorme. (Madame-Figaro.06.06.2011.)

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4 réponses à “La tempérance”

  1. 28 09 2012
    Magicslim (23:25:21) :

    I believe avoiding refined foods may be the first step for you to lose weight. They will often taste fine, but refined foods include very little vitamins and minerals, making you eat more just to have enough electricity to get over the day. In case you are constantly ingesting these foods, transferring to grain and other complex carbohydrates will aid you to have more electricity while ingesting less. Great blog post.

  2. 21 12 2012
    return man 2 (00:40:01) :

    authoring on other websites? I have a blog centered on the same ideas
    return man 2

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