Vivre dans le métro

Certains font plus que prendre le métro tous les jours, ils y vivent une partie de leur existence.Le métro de Montréal, c’est plus que du béton et des rails. C’est aussi des histoires de vie. Des souvenirs. Des émotions.

On y passe sans rien voir. Ni le décor. Ni les visages. Pourtant, les stations de métro de Montréal regorgent de gens qui vivent plusieurs heures tous les jours dans ces souterrains. Ils sont libraires, musiciens, employés de la STM, moines krishna ou témoins de Jéhovah. Ils s’y rendent tous les jours pour se fondre à la foule frénétique. Le métro, c’est plus que du béton et des rails. C’est aussi des histoires de vie.

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* Juste à côté du bureau d’Éric Dubois, affichée sur un babillard, il y a une grande carte de la voie du métro entre les stations Rosemont et Beaubien. D’ici cinq mois, les 216 traverses de bois qui relient les deux rails du métro devront toutes y être changées. Après 45 ans d’existence, elles sont pourries. Un travail majeur, et surtout, un travail de moine, réalisé «à bras» par des ouvriers. Chaque nuit.

Enlever les énormes boulons. Scier la traverse par le milieu pour se négocier de l’espace. Puis, à l’aide d’outils hydrauliques, dégager le reste de la traverse. Enfin, la remplacer par un assemblage de ciment. L’étape 1 de l’ouvrage, remplacer une pièce qui tient les traverses, prendra à elle seule 20 à 25 jours. Car une contrainte en béton pèse au-dessus de ces ouvriers. Chaque nuit, malgré les inévitables impondérables, ils doivent avoir quitté la voie à 5h au plus tard pour laisser place au premier métro de la journée.«C’est notre gros challenge», dit Martin Chartrand, surintendant des voies, le patron d’Éric Dubois.

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Ces ouvriers de la voie, vous ne les avez jamais vus. Car ces cantonniers – oui, comme dans la chanson – travaillent exclusivement sur les voies quand le métro est fermé. Ce sont les ouvriers d’une immense fourmilière, des kilomètres de tunnels creusés dans la terre, qu’ils arpentent à l’aide d’énormes camions jaunes, des tonkas de petit garçon, modèle géant. Ce soir, ils ont deux invités. Une journaliste et un photographe de La Presse, dûment chaussés de bottes qui ne conduisent pas l’électricité. Martin Chartrand nous a donné rendez-vous à l’immense centre d’entretien qui occupe un pâté de maison sur le boulevard Saint-Laurent. On pénètre dans ce centre comme dans un garage pour géants. Comme chez votre garagiste, il y a des ponts élévateurs pour soulever les véhicules, des pièces de rechange empilées et des coffres à outils. Sauf qu’ici, tout est gros, énorme, gigantesque. Des wagons entiers sont soulevés dans les airs. Les pièces du différentiel font cinq pieds de long. Les scies ont un mètre de diamètre. Il y a des grues. Des machines imposantes pour laver les stations ou pour drainer les rigoles, dans les voies. Et bien sûr, comme dans tout garage qui se respecte, il y a un lave-auto. Sauf que ce sont des wagons qui se font frotter par les immenses brosses. Des employés astiquent ensuite l’intérieur à la main.

Mais c’est plus loin que le vrai frisson commence. Il commence au pied du «tiroir», cette ouverture qui permet de se glisser dans les tunnels du métro à bord des gros tonkas jaunes. Une voie part, sous terre, du métro Crémazie, et aboutit ici. On peut emprunter le tiroir vers la ligne orange ou alors vers la ligne bleue. Il faut parcourir deux kilomètres sous terre, juste en dessous du parc Jarry, pour y arriver.

Nous nous dirigerons plutôt du côté de la station Beaubien, afin de constater, de visu, les travaux dont nous a parlé Éric Dubois. Notre camion croise le dernier métro, qui vient en sens inverse. «C’est le balai», dit Daniel Brisebois, qui a pris place dans notre véhicule. Le balai, parce que le dernier métro, «ramasse le reste», dit-il en souriant. Entre Crémazie et Jarry, le véhicule roule lentement: 10 km/h. C’est qu’un citoyen s’est plaint du bruit des véhicules d’entretien qui passent, la nuit, sous sa maison. «Il y a 40 ans, ici, il y avait peu de maisons. Mais maintenant, les postes de ventilation naturels donnent parfois sous des galeries de condos», explique Martin Chartrand. En arrivant au métro Beaubien, avant de sauter dans la voie, Martin Chartrand pose une lampe-témoin sur le rail gauche et la barre de guidage, les deux bornes électriques du métro. Si le courant passait, en touchant aux deux bornes, on recevrait une décharge électrique de 750 volts. La mort assurée.

La lampe-témoin reste éteinte. Et la confirmation vient quelques secondes plus tard. «Le courant est coupé sur toutes les lignes», crachote la radio. Dans la voie, les ouvriers se mettent rapidement à l’oeuvre et dévissent des boulons pour remplacer une pièce. C’est l’étape «d’usinage». Un énorme outil fait tourner une vis géante. Puis, soudain, la tête casse. Les cantonniers devront travailler plusieurs minutes pour dégager le reste de la vis, enfoncée de quatre pouces dans le sol. «Un impondérable», soupire Martin Chartrand.

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*= «Tabarnak!» Le cri de frustration émane du tunnel de la station Henri-Bourassa. Là aussi, il y a un impondérable. L’équipe de quatre ouvriers devait changer un morceau de rail, dont les bords sont complètement corrodés. On a retiré le morceau de rail. Une mini-grue a apporté le morceau de rechange. Sauf qu’il n’est pas tout à fait de la bonne taille. Le vieux rail devra donc être posé de nouveau, pour ce soir. Un ouvrier armé d’une impressionnante scie, qui projette dans le tunnel des flots d’étincelles, coupe le vieux rail, que l’on maintiendra en place à l’aide de pièces de métal. L’eau qui pénètre dans les tunnels du métro cause beaucoup de dommages aux équipements vieillissants. Cette eau devrait théoriquement s’écouler par les rigoles prévues de chaque côté de la voie, mais ces rigoles sont la plupart du temps bouchées par une bouillie saumâtre composée de tous les déchets jetés sur le quai par les passagers.

«Regarde ça.» Martin Chartrand nous montre du pied l’amoncellement de sacs de chips, de vieux journaux, de bouteilles d’eau et de verres de café vides qui s’accumulent dans les rigoles.

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* Une visite dans le métro la nuit nous aura permis de dégonfler quelques mythes. Non, il n’y a pas de rats. «En 15 ans dans les tunnels, j’ai vu une souris», dit Martin Chartrand, qui a débuté sa carrière à la STM comme simple mécanicien. Cependant, il y a quelques années, une mouffette avait pénétré dans les tunnels. Une entreprise spécialisée a capturé la coquine. Il n’y a pas non plus de campements secrets de sans-abri dans le métro. Il y a quelques années, des graffiteurs se cachaient effectivement dans les tunnels pour peindre leurs ouvrages dans la pénombre. «Le plus gros graffiti que j’ai vu, c’était à la station Viau. Il faisait 30 pieds de long», se souvient M. Chartrand. Mais depuis quelques années, on a posé pas moins de 2000 caméras, braquées sur les entrées des tunnels. Chaque «intrusion» fait sonner une alarme au centre de contrôle, situé station Berri. Avis à ceux qui voudraient aller graver leurs deux noms dans un coeur entre Mont-Royal et Laurier: les contraventions sont salées.

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Il n’y a pas d’espresso bien tassé, pas de cartes à jouer, pas de télé branchée sur le foot. Il n’y a ni tables, ni chaises. Et pourtant, chaque matin depuis des années, Giovanni Vincelli et ses amis se rassemblent dans l’entrée du métro Fabre. L’été, ils sortent dehors. Mais l’hiver, appuyés sur les rebords de béton des fenêtres, la dizaine de vieux Italiens évoquent, matin après matin, leurs souvenirs de la Molise. Giovanni et ses amis sont tous originaires de cette région, 300 kilomètres au sud de Rome. Une région de soleil et de chaleur, à des années-lumière de l’hiver québécois. Les vieux Italiens se rappellent l’époque où ils couraient dans les rues de leurs villages. « Il y en a ici avec qui j’ai joué quand j’étais petit. On vient du même petit village », souligne M. Vincelli.Ils ont tous immigré au Québec à la fin des années 50. « La traversée en bateau prenait 8 à 15 jours à l’époque. Dépendant de la température. C’était toute une aventure », se souvient Carmine Cianitte, l’un des amis de M. Vincelli. Dans les années qui ont suivi leur arrivée, ils ont tous travaillé dur. Giovanni Vincelli a bossé pendant 34 ans à Sidbec-Dosco, une fonderie de fer de Ville-Émard. Il a vu plusieurs de ses amis quitter ce quartier où ils avaient atterri, pour des maisons plus cossues dans Saint-Léonard ou Rivière-des-Prairies. « Moi, je suis resté. J’aime le quartier », dit-il. D’autres, comme lui, ont choisi de continuer d’habiter les rues modestes de Villeray. Les compagnons de la Molise sont maintenant tous retraités. Ils sont devenus vieux. Et, chaque matin, ils se rassemblent métro Fabre pour parler de leurs vies. À 11 h 30 pile, ils partent. Ils arrêtent à la boulangerie San Pietro pour acheter du pain, puis vont dîner avec leurs épouses. « Rester toute la journée à la maison, c’est long. Ici, on est bien. Il fait chaud », dit M. Vincelli. C’est vrai. Il fait chaud, métro Fabre. On dirait presque que le soleil de la Molise a pénétré ces grandes fenêtres couvertes de graffitis. (La Presse – 07.03.09.)

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Ballet de moppe

* Gina Pierre fait serpenter sa « moppe » sur le dessus des escaliers mécaniques. On dirait une chorégraphie. Elle descend jusqu’en bas. Puis remonte et essore sa serpillière. Une fois. Deux fois. Trois fois. Six fois. « C’est une partie du boulot que j’aime bien », confie la dame de l’entretien ménager. Sûrement plus, en tout cas, que nettoyer la « fosse ». La fosse, c’est là où dorment les eaux usées. Et pour Mme Pierre, c’est ce qu’il y a de pire. « Ça pue tellement ! »Pour être honnête, on s’attendait à plus « dégueu ». Mais non. Mme Pierre n’a jamais trouvé de condoms. Ni de seringues. Ni de cadavre en putréfaction. Bon. Il y a bien les « vo » (vomis). Ou les gens qui urinent. Ou même parfois – oui – des excréments humains. Mais ça ne l’impressionne pas. « Ça fait partie du métier, dit-elle en haussant les épaules. Dès qu’on postule pour l’emploi, on est prévenus. Alors on n’est pas surpris quand ça arrive. » Les suicides ? Là, elle n’est pas obligée. Si elle veut laver à grande eau, rien ne l’empêche. Mais il y a des gens, précise la dame, « qui sont spécialisés pour ça ». Mme Pierre a travaillé dans la mode avant d’être engagée par la STM. Son nouveau job n’est peut-être pas aussi glamour, mais pour les finances, c’est plus stable. Elle aime bien sa routine, dit-elle. Mais. il y a quand même des contrariétés. « Ce n’est pas tout le monde qui se ramasse, explique la dame. Les jeunes sont les pires. Ils mangent. Ils jettent. Il y en a même qui crachent en te regardant droit dans les yeux. » – Vous n’avez pas envie de leur donner un coup de moppe ? – (rires) Même si j’avais envie… je n’aurais pas le droit !

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Juste un peu de feeling

* Il est 15h. Pierre Daigle vient de s’installer en bas des escaliers, avec sa flûte et son harmonica. Barbe blanche, bouille sympathique, regard lumineux. On sent bien que la vie lui est passée dessus, mais les dommages semblent limités. «Je suis vraiment un musicien dans l’âme. J’aurais aimé être Beethoven. Ou un grand compositeur. Je me reprends dans le métro!»M. Daigle a 64 ans. Il joue dans le réseau depuis «au moins» cinq ans. Pour arrondir ses maigres fins de mois. Son histoire est classique. Pendant 14 ans, il a travaillé comme préposé aux bénéficiaires. L’été, les journées étaient deux fois plus grosses. Un collègue lui a offert une «petite poudre» pour passer à travers. «À partir de là, tout a dégringolé», raconte-t-il sans pudeur. «Il a fallu que je quitte. J’étais rendu plus malade que les malades!» M. Daigle s’est retrouvé au chômage. Puis sur le b.s. La chute libre. Un jour, il a échoué à la station Champ-de-Mars. Avec sa flûte et sa ruine-babines. Et sa nouvelle carrière a commencé. «J’ai joué pendant 12 heures. Me suis ramassé un gros 15 $… Ça m’a montré que je valais quelque chose.»

Aujourd’hui, Pierre Daigle se produit principalement à Côte-Vertu. La station est froide et les musiciens sont rares. «Je peux me lever tard. Il y a toujours de la place.» Et que joue-t-il ? Tout ce qui le touche à l’âme et au coeur. Tout ce qu’il peut interpréter avec du «feeling». Vigneault. George Dor. Raymond Lévesque. Du classique… «Les gens me disent merci pour ma musique, dit-il. C’est même pas mes compositions. Mais je choisis ce que je joue. J’aime l’Ave Maria. J’aime l’Hymne à la joie (il chantonne)… Beethoven, c’est extraordinaire… Mozart, c’est un peu tapette sur les bords. Mais Beethoven, c’est fort…»

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Le libraire du métro

* Quand il a acheté la tabagie du métro Outremont, Mustapha R. s’est retrouvé propriétaire d’un grand stock de livres. Le précédent propriétaire, en effet, avait pris la curieuse initiative de transformer une partie de sa tabagie en librairie. Vieux livres, disques vinyle s’empilaient dans l’arrière-boutique et côtoyaient la gomme et le chocolat sur les tablettes du petit commerce. «Premier réflexe, c’est encombrant. Est-ce qu’on s’en débarrasse ? » s’est demandé Mustapha R., originaire du Maroc, qui vit au Québec depuis plus de 15 ans. Puis, Mustapha s’est aperçu avec surprise que sa « librairie » comptait plusieurs clients réguliers, surtout des personnes âgées du quartier. «Les clients bouquinent. Ça donne du charme à la tabagie. Nous sommes différents des autres. C’est comme une petite bibliothèque.» Les livres sont donc restés. Des encyclopédies de Cousteau, le dictionnaire Quillet de la langue française, des livres de recettes. Des vieux romans de Colleen McCullough. Les disques ? Claude Valade, Il pleut des larmes dans mon coeur. Des oeuvres de Schumann, l’un des premiers disques d’André Gagnon, des chansons tyroliennes. Michel Fugain et le Big Bazar. «On a des collectionneurs qui viennent parfois», note Mustapha.

Qui aurait cru qu’on pouvait collectionner quoi que ce soit dans le métro?

Lorsqu’il voit que ces clients sont des passionnés, ou alors des habitués, Mustapha les laisse entrer dans sa caverne d’Ali Baba, son arrière-boutique, où là, les piles de disques et de livres atteignent vraiment une hauteur impressionnante. «Dans le futur, on veut mettre de l’ordre. On veut les classer par thème, par auteur. On pourrait même enlever les magazines, pour faire de la place», dit Mustapha. Voilà. Plutôt que de parcourir La semaine ou le Vogue, les usagers du métro Outremont pourront donc se plonger, durant quelques stations, dans un bon vieux John Irving. Ou alors dans une édition originale de Joy of sex. Une pièce de collection.

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le mantra qui purifie

La mélodie est envoûtante et se réverbère dans le long tunnel qui mène à la sortie du métro Snowdon. Guitare, mini-cymbales, tambour s’unissent en une mélopée dont le rythme s’accélère graduellement, comme un coeur sous pression. Lorsqu’elle atteint son paroxysme, la musique cesse brusquement. Buruji Dasa et Harikhata Dasa ont fini de réciter le mantra qui purifiera l’âme des passants du métro.

Le long des murs de béton sale, Buruji et Harikhata ont étendu leur couverture aux mille rayures de couleur. Ils ont étalé leurs livres : plusieurs exemplaires de la Baghavad Gîta, le livre saint des hindous. Puis, ils ont pris leurs instruments et entonné leur chant.« Nous chantons le nom du Seigneur. Cette vibration, qui n’est pas humaine mais divine, purge les coeurs des gens qui sont dans le métro de leurs pensées impures. Comme la colère, la luxure », explique Buruji.

Les deux moines sont jeunes : ils n’ont pas 30 ans. Buruji est Blanc, Harikhata est mulâtre. Ils sont tous deux vêtus des traditionnels pantalons amples, orange ou blanc. Ils portent tous deux le signe traditionnel des krishnas, tracés en jaune sur leur front et leur nez. Ils ont le crâne rasé et la voix puissante.

Buruji est arrivé au Québec en 2002 avec ses parents, de sa Slovaquie natale. Il a adhéré au mouvement Hare Krishna à 21 ans. À la lecture des oeuvres du maître Bhaktivedanta Swami Prabhupada, il a vu la lumière. Mais attention, pas n’importe quelle lumière, celle du mouvement original Hare Krishna. Car vous l’ignoriez peut-être, mais certains adeptes, au fil des ans, « ont perverti le mouvement », indique Buruji. « Nous voulons faire revivre l’esprit d’origine du mouvement. » Les adeptes, qui recrutent sur l’internet, organisent donc des festins végétariens et des lectures de la Baghavad Gîta chaque semaine. Les deux jeunes moines reprennent leur chant. Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna, Krishna, Hare, Hare. Les passants défilent, les écoutant d’une oreille distraite. Certains jettent une obole dans leur bonnet. Ils ignorent qu’en ayant entendu cette mélodie, dans ce tunnel gris du métro Snowdon, ils pourront peut-être échapper aux circonvolutions les plus sombres de leur karma.( La Presse – 07.03.09.)

 

4 réponses à “Vivre dans le métro”

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