Un Algérien à New York

Algerianman in New York

 Je suis parti pour une fois d’Alger le cœur léger, mes oreilles encore bourdonnant de sons des chansons et de la musique qui nous ont ravis pendant la durée du 2e Festival panafricain. Mes yeux étaient éblouis par la vue d’Alger subitement redevenue belle, car, pour la circonstance, tout a été fait, ramassage d’ordures, ravalement de façades ou autres espaces verts. **New York (USA) Correspondance particulière

Espérons que ce spectacle réconfortant continue et redonne à Alger sa magnificence des temps de jadis. Je n’ai pas préparé mes vacances, j’ai suivi tout simplement les galets qu’ont laissés derrière eux mes enfants ou plutôt mes petits-enfants, et c’est tout simplement que j’ai atterri à New York. Ayant été touché par l’obamania, j’avais hâte de retrouver l’Amérique depuis qu’elle est présidée par un métis. Dès l’arrivée à l’aéroport, on est frappé par le changement d’attitude des douaniers et de la police des frontières. Ils font correctement leur devoir et je n’ai noté aucune suspicion ou discourtoisie que je constatais lors de mes anciens voyages. Et divine surprise, la grippe porcine (A/H1N1) n’a pas chamboulé un tant soit peu le peuple de New York, à l’aéroport, il n’y a ni prise de température ni porteurs de masque (comme d’ailleurs à Paris). En ville, dans les rues, les métros, les musées, restaurants, cinémas ou autres lieux publics, là également personne ne porte de masque. Tout le monde vaque à ses occupations sans craindre cette grippe pour le moins médiatisée. L’explication de ce calme vient du fait que les autorités médicales ont bien passé le message pour qu’ils ne cèdent pas à la panique. Ce que l’on sait actuellement, c’est que nous sommes en face d’un virus nouveau qui se propage très rapidement mais dont on ne connaît pas la dimension de sa nocivité. Certes, il tuerait plus que la grippe saisonnière mais il faut noter que cette dernière n’entraîne pas plus de 4 à 5 décès par an. Bien entendu, les responsables ont accentué leur vigilance et les centres de santé savent ce qu’il faut faire quand un patient se présente avec une fièvre. Cela fait dire à beaucoup d’observateurs qu’il ne faut pas écarter que le battage médiatique obéisse à des desseins mercantiles.

D’ailleurs, de nombreux infectiologues et épidémiologues vont dans le même sens. Le professeur Antoine Thibault, tout en soulignant l’apparition de ce nouveau virus, met en garde contre toute précipitation à vacciner massivement par crainte d’apparition des effets secondaires que nous ne connaissons pas et de tomber sur les mêmes mésaventures que ceux de la sclérose en plaques. Sur la prévention et le traitement, ils préconisent qu’on se concentre sur les personnes exposées (obèses, femmes enceintes, personnel exposé, malades atteints de pathologies graves). A l’état actuel des connaissances, il faut appréhender cette épidémie avec vigilance et prendre des mesures pour parer à toute éventualité et de ne pas céder aux pressions de certains lobbies du médicament. En Algérie, nous devons agir avec la même approche que les scientifiques qui travaillent d’arrache pied sur ce virus. J’ai retrouvé New York telle qu’elle était, avec ses marées humaines, cette foule bigarrée faite de Blancs, de Noirs, de Jaunes, de métis, vivant tous à une allure vertigineuse et dans le respect des uns et des autres. Les rues sont fréquentées de jour comme de nuit, Broadway offre toujours ses spectacles éblouissants, variés et pour tous les goûts.

Pour ceux qui n’ont pas les moyens, la mairie de New York subventionne des spectacles qui sont donnés gratuitement dans de nombreux centres et parcs et animés par des célébrités. Les comédies musicales et les théâtres fonctionnent sans discontinuité. Les restaurants offrant des menus de toutes les cuisines du monde servent à toute heure, les musées sont pris d’assaut dès leur ouverture. Le Metropolitain Muséum est toujours attractif car il offre à ses visiteurs américains et étrangers (très en nombre cette année) un spectacle somptueux grâce à ses nombreuses galeries et expositions sans cesse renouvelées. On retrouve bien sûr le musée d’égyptologie avec ses statues et ses monuments dont certains sont grandeur nature. Cette année, l’Afghanistan était à l’honneur et j’avoue que pour ma part, moi qui ne connaissais pas beaucoup de choses de ce pays si ce n’est les guerres et les tueries, j’étais agréablement surpris par l’immensité de ses monuments (dont certains ont malheureusement souffert ces derniers temps), ses magnifiques bijoux et ses arts artisanaux (à quand une exposition sur l’Afghanistan en Algérie).

Frustré que j’étais à mon départ d’Alger, je voulais voir la véritable Lucy. Je n’ai pas pu l’admirer car le musée où elle est exposée était fermé pour quelques jours. Mais elle est bien là à New York et en Amérique jusqu’en 2013. J’ai pu quand même admirer les affiches du film qui lui est consacré ou en guise de collier, il y avait ses osselets tout autour de son cou et de son visage. A Broadway où le film est projeté, les salles affichent souvent complet. Il faut noter aussi que New York est plus propre, plus sécurisée ce qui permet aux personnes de circuler nuit et jour sans être embêtées si l’on excepte quelques quartiers insalubres connus comme étant infréquentables. L’Américain moyen m’a semblé serein et la crise ne semble pas l’atteindre tout en moins en apparence. Il est présent massivement dans tous les lieux publics, les restaurants, les salles de spectacles n’ont pas connu de baisse de fréquentation. Les magasins sont remplis de monde et ne semblent pas trop souffrir de la récession annoncée. Il faut être à 8h du matin pour assister aux gospels (chants religieux des noirs) dont l’office débute à 11h.

Une foule immense de touristes se bouscule chaque dimanche pour assister à ce véritable spectacle. Il m’est apparu nettement que les étrangers et les Américains blancs s’intéressent de plus en plus à la vie et à la culture des Noirs. La sérénité est plus apparente chez des milliers de Noirs qui jusque-là n’étaient pas sortis de leur peau noire et qui maintenant se sentent vraiment américains en ayant les mêmes devoirs et les mêmes droits. Une intelligentsia noire américaine commence à faire parler d’elle dans des secteurs aussi variés que le livre, le cinéma, le théâtre ou la musique. Des industriels noirs commencent à se faire respecter et beaucoup montrent le bout du nez dans des secteurs jusque- là réservés aux seuls Blancs. La tolérance est de plus en plus perceptible et toute les croyances sont respectées et se respectent. Les musulmans, et beaucoup me l’ont dit, vivent tranquillement leur religion et de nombreux centres de culte et de culture voient le jour actuellement. A Boston par exemple, une magnifique mosquée avec un centre culturel ont été récemment inaugurés en présence de beaucoup d’autorités religieuses et civiles américaines.

Le fait est notable, les Américains de tout bord croient à la volonté d’Obama de faire avancer les choses et c’est peut-être cela qui les rend confiants. Ils sont persuadés que leur nouveau président redonnera à l’Amérique son vrai visage de tolérance et de terre d’accueil. Ils ne doutent pas que leur pays sera la 1ere nation du monde, non pas par la puissance de leur armée et de leur rôle de gendarme mais par ses actions résolument tournées pour le bien-être de l’homme et le progrès de l’humanité. D’ailleurs, le président Obama a annoncé ses priorités, il veut une Amérique innovante dans les technologies nouvelles, la santé et l’environnement (la voiture roulant à l’électricité est en route). Pour rendre plus crédible sa volonté, il a augmenté considérablement le budget de recherche et a exigé que les démarches administratives soient facilitées. Il attache une attention particulière à l’enseignement pour qu’il soit surtout accessible à toutes les couches de la société. Il faut signaler à ce sujet que le programme de l’enseignement dans les écoles, les lycées et les universités conçu pour former des têtes bien faites est harmonieux et ouvert à la modernité. Dès le jeune âge, les jeunes Américains apprennent la musique, le théâtre et font beaucoup de sport.

Les parcs de loisirs et des sports sont envahis par ces jeunes, le soccer (football) est pratiqué maintenant même à partir de 4 à 5 ans. Cela explique que les résultats obtenus par l’équipe nationale américaine de football ne doivent plus nous étonner et cela a encouragé le président Obama à demander à ce que l’Amérique organise dans les années à venir le Championnat du monde de football. Obama a déjà commencé à faire bouger le secteur de la santé publique qui demeure avec l’école le talon d’Achille de l’Amérique. Il ne peut plus tolérer que l’accès aux soins ne soit pas accessible aux plus démunis. Il faut noter à ce propos, comme le rapportent fréquemment les grands médias et beaucoup de personnes, que certains Américains peuvent rester 25 ans sans consulter un médecin et que certains attendent 5 ans avant d’être soignés par des chirurgiens dentistes (les Algériens doivent méditer sur ce qui se passe en Algérie, mesurer les sacrifices que fait l’Etat dans ce domaine et ne pas tomber dans le piège de tirer à boulet rouges sur la santé publique).

Ces projets tant attendus par des milliers de démunis sont, comme il fallait s’y attendre, combattus par la vieille garde conservatrice et certains lobbies connus qui sous prétexte que ces initiatives sont socialisantes risquent de s’étendre à d’autres domaines. En fait, ils veulent déstabiliser le président pour des desseins que l’on sait. Toujours dans cet ordre d’idées, d’autres comme le fils Reagan se joignent à eux en affirmant qu’Obama n’est pas Américain. Mais Obama est imperturbable, il est décidé à appliquer son programme et il compte beaucoup sur les intellectuels et les universitaires. Cette politique a dopé les universités américaines qui ont retrouvé leur confiance, elles sont beaucoup plus dynamiques et restent ouvertes à toutes les nationalités étrangères. A ce propos, il m’a été très agréable de rencontrer, en visitant la célèbre université de Columbia d’où sont sortis 75 prix Nobel, une Algérienne venant de s’inscrire pour un nouveau cycle de cours. L’exemple de cette jeune fille est à méditer par nos décideurs. Voila une étudiante qui, classée première dans tous ses examens, se voit refuser une bourse pour continuer ses études à l’étranger.

Elle ne se décourage pas, elle apprend l’anglais, elle se présente à polytechnique de Paris où elle est reçue et bénéficie d’un stage en Amérique octroyé par son école. A peine installée et disposant d’un CV impressionnant, elle est sollicitée par des institutions illustres parmi les plus cotées pour travailler. Voilà un autre cadre perdu pour l’Algérie. J’ai aussi rencontré une de mes anciennes élèves qui a été reçue avec une des meilleures notes pour entamer son résidanat. Elle m’a dit que sa formation en médecine à Alger lui a beaucoup servi, mais que pour la suite des études de gros efforts sont à faire. Tout cela pour dire que si nous voulons arrêter l’hémorragie actuelle d’étudiants qui partent à l’étranger ou les faire revenir au pays, l’Etat doit revoir sa politique et réfléchir profondément pour une véritable stratégie de développement. De nombreux Algériens travaillent dans des secteurs clés de l’industrie et de l’administration américaines. Ils sont à l’écoute du pays et sont prêts à nous aider et je ne veux pour preuve que leur souci de se regrouper pour appréhender la meilleure façon de participer à notre développement.

Je ne veux pour preuve également que leur engouement à participer aux forums consacrés aux compétences des Algériens à l’étranger dont la tenue est annoncée pour décembre 2009 à Alger et avril 2010 à Oran. Il est urgent d’agir, car le temps presse, et si rien n’est fait, on sera les mères porteuses d’étudiants qui vont enrichir les pays qui ont la volonté de les accueillir et l’Amérique d’Obama sera de ceux-là. Je suis revenu la tête pleine de souvenirs et d’images fortes d’une Amérique en profonde mutation. J’ai retrouvé Alger, l’aéroport est propre, mais on voit déjà des chaises cassées, les clandestins sont toujours là, les « taxieurs » nonchalants avec les mêmes réactions qui ne peuvent pas vous prendre parce que la malle est petite, qui refusent les clients qui ne se rendent pas à Tipaza ou Tizi Ouzou. Alger somnole, elle est plus calme et ô surprise, elle est toujours propre ou tout au moins les rues que j’emprunte habituellement, et par les temps qui courent c’est déjà pas mal.

Merad Boudia : Professeur et chef de service de cardiologie. (El Watan-04.09.09.)

 

2 réponses à “Un Algérien à New York”

  1. 11 11 2011
    league of legends download (00:10:08) :

    Interesting…

  2. 28 12 2012
    return man 2 (11:06:24) :

    Your internet site is ROCK!
    return man 2

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