voyager par « auto- stop »

12 08 2010

     *De l’art de voyager sur le pouce

voyager par

« de aventon » les Mexicains, « cola » les Vénézuéliens, « a dedo » les Chiliens, « bobeia » ou « carona » les Portugais et les Brésiliens, « auto- stop » partout ailleurs, que l’on prononcera selon les latitudes : oto-stop, mouto-stop, auoto-stop, auoto-sitop, etc. [...] Il est désormais possible de faire du stop un peu partout sur terre. « Bien que souvent considéré comme réservé à un public marginal, l’auto-stop est un moyen efficace pour aller à la rencontre d’une ville, d’une région ou d’un pays. Il demande probablement un certain courage de partir ainsi à l’aventure, d’entrer en contact avec des inconnus en demandeur d’asile, de mettre sa vie entre parenthèses, sur une durée indéterminée, le temps d’un périple, dont l’issue reste incertaine…un exorcisme du quotidien. Les aléas, les imprévus y sont de mise, il est naturellement difficile de tout prévoir lorsqu’on ne sait pas où l’on va atterrir. Cette notion entre paradoxalement en jeu dans l’impression de liberté ressentie durant l’excursion. Peut être est-ce cela, ce qu’on appelle la  marginalité: avoir la sensation d’être libre en se plaçant hors de la société. Cela fait-il pour autant de nous des personnes inadaptées ou asociales, bien au contraire,  il nous aurait
été impossible d’avancer sans l’aide des autres, l’immobilisme n’étant dû qu’à un défaut de passage.
Beaucoup diront, qu’il s’agit là d’un moyen archaïque, dangereux, idiot voir inutile, cela s’est révélé être une expérience inoubliable, pleine de surprises, d’anecdotes en tout genre, à la  limite entre l’étude sociologique et la thérapie. Bien sur, ce genre de voyages doit relever d’un choix personnel et non pas être subi, encore trop de gens se retrouvent, du jour au lendemain, à la rue, à vagabonder, errant désespérément à la recherche de leur vie perdue…mais pour l’heure nous étions des explorateurs. Remerciements à tous les chauffeurs qui ont stoppés leur route afin que l’on puisse continuer la notre…Le Mans-20 juillet:
Entre vent glacial et soleil de plomb difficile de savoir qui l’emporte. Le viaduc s’élève à plus de quarante cinq mètres du sol, les pieds dépassant de quelques centimètres au bord du précipice, mon cœur s’emballe. Le vent tournoie dans la vallée et remonte jusqu’à faire vibrer le fin plongeoir qui me sert de perchoir, faisant vaciller mon équilibre déjà précaire. Je sens alors une main robuste saisir les sangles du harnais situé au niveau de mon dos puis une voix commença le décompte… il est temps de sauter vers l’inconnu.

Nantes-2 août:
En selle sur sa monture à huit pattes, le cavalier se pavane. La traversée de la ville se fera sans encombres. Le soleil était au beau fixe et l’agitation provoquée par son arrivée ne semblait en aucun cas perturber l’animal qui continuait tranquillement sa progression, tricotant  de ses pattes l’itinéraire à suivre. L’araignée est une fine danseuse,  dépassant, enjambant chaque êtres, objets ou constructions aussi spartiates soient-elles. De ses millier d’yeux, on ne saurait comment la surprendre, haute de trois mètres sur six de large, elle a une vision multidirectionnelle. Le cavalier en était savant, il ne l’avait pas choisie par  hasard, elle seule était capable de l’aider dans sa quête, elle seule était capable de le conduire jusqu’à sa terre promise. Les mouettes volent bas ce soir, les poissons doivent se faire rares.
Clermont Ferrand-10 août:
Toute en haut de la colline, sur le versant sud, leur point de mire, Les Apaches avaient élu temporairement domicile. Au nombre de cinq, deux filles et trois garçons, ils arborent des looks communautaires créés de leur propre chef. Colorés, grimés, percés, hérissés, ils se satisfont de ce qu’ils ont. Car leur vie, même si elle n’est pas parfaite, est a leur image. Loin de la ville, loin du stress, loin du train train quotidien, ils vivent sans complexes. Nomades, ils changent régulièrement de paysages et aiment se vanter de n’habiter nul part et partout à la fois. Cette vie, ils l’ont choisie et s’y complaise malgré les regards qui déplaisent.
Béziers-17 août:
Sur son étalon d’acier, le chevalier ne semble rien craindre. Il parcoure les sentiers, dévale les vallées, escalade les montagnes, déborde les cascades. Il file comme le vent sur son fidèle destrier mais pourra t-il l’affronter, la lâcheté, des gens qui refusent de regarder, la réalité n’a pas de normalités. Son bien aimé il pourra le retrouver et peut être s’y lier, si le souhait est supporté,  avant qu’il ne se fasse emporter par les détracteurs de liberté… mais si le roi et la reine ne veulent pas ça ne saura pas toi, qu’on sauvera.
Lyon-23 août:
La partie n’est pas jouée, les cases pièges existent, le tout est d’avoir de l’avance, pour éviter qu’on ne glisse, sous les tensions, les dénis, quel désarroi, mais nous ne sommes pas des proies, juste des électrons libres, qui faute de sensations, on décidait de vivre, d’interagir, avec le monde, avec les vies, en direct, sans anomalies, ou déconnections subite, parcourir, traîner la poussière, découvrir, aller partout où l’on a jamais été, allait partout où les autres n’iront jamais, ou tout simplement quitter l’ennui, en limant sa cervelle contre celle d’autrui.
Besançon-30 août:
La vie vous offre de belles surprises parfois. Que se soit au coin d’une rue, à un carrefour, devant un café ou une bière, sur le bord de la route,… certaines rencontres ne vous laissent pas indifférent. Échange de vie, d’anecdotes, d’astuces, de points de vue, découverte de similitudes, d’expériences partagées, possibilité d’entre aide, d’écoute, sensation de familiarité. Si les plus belles histoires sont les plus courtes, c’est parce qu’elles ne laissent pas le temps de s’engueuler, de se détester, de s’apprivoiser. Elles laissent derrière elles des remords, une sensation d’inachevé, l’espoir de retrouvailles inespérées. Difficile de dire au revoir aux êtres aimés, ou seulement appréciés lorsque l’on sait qu’on ne les reverra peut être jamais. Nostalgie des moments passés, longuement remémorés, impression que cela ne se reproduira pas. Mais la roue tourne, la vie avale, les déboires qu’on ne serait digérer, le jeu instable des rencontres, qu’on ne saurait oublier, avec ces gens qui semblaient être nés, il faut bien l’avouer, de l’autre côté du palier. (Libération.Voyages-12.08.2010.)


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**Lire aussi: combines pour voyager fauché

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