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« Je t’emmènerai en voyage, mon fils… »

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Dans un livre (voir la couverture ci-contre), le photographe Reza Deghati raconte son voyage avec son fils Delazad. Les voici en Chine, puis en Mongolie.

Il a pris les portraits les plus célèbres de Massoud, le leader afghan assassiné. Et vient de suivre la campagne pour l’élection du Président, aujourd’hui, en Afghanistan. À 57 ans, Reza, photographe iranien et baroudeur, établit avec ses enfants une relation particulière, faite de voyage et de témoignages.

Lorsqu’il en eut assez que son fils appelle le téléphone « papa », Reza Deghati lui fit une promesse : « Quand tu auras 15 ans, je t’emmènerai en voyage avec moi », jura le grand reporter photographe à Delazad, son fiston.  

Promesse tenue : ils sont partis en duo l’été dernier, de Pékin à Paris. Et ils remettent ça : en ce moment, ils sont en Afghanistan. Ils sillonnent à pied la vallée du Panshir, que Reza a autrefois parcourue aux côtés de son ami le commandant Massoud, assassiné en 2001. Et ont suivi la campagne électorale du « Dr Abdullah », candidat à l’élection présidentielle, qui se déroule aujourd’hui, contre « Karzaï le corrompu ».

Reza Deghati, qui a commencé sa carrière avec son seul prénom pour se protéger des puissants, court le monde depuis trente ans, passant huit ou neuf mois d’affilée en reportage, notamment pour le magazine américain National Geographic. « J’ai besoin d’être seul avec les gens que je rencontre pour établir de bonnes relations, faire partie de la famille. » Pour obtenir ses images, pleines d’humanité malgré la misère, d’espoir au coeur des guerres.

Certes. Mais difficile à faire comprendre à un jeune enfant débrouillard, avide de la présence de son père, obligé d’attendre à Paris, aux côtés de sa mère Rachel, écrivain, et de sa petite soeur Djanad, le retour du héros… À chacun de ses départs, c’était la même histoire : il voulait partir aussi, « courait derrière moi, en pleurs, quand je préparais mes valises, tapait sur mes affaires, se souvient Reza. Une fois, il s’est même caché dans un de mes bagages pour la Chine ! »

« À l’école, je passais mes journées à colorier les cartes des continents », se marre Delazad, bouille ronde et brune, sourire éclatant au-dessus d’un tee-shirt « Obama supporter ». « Pour moi aussi, c’était difficile », enchaîne Reza. Dès qu’il arrivait à destination, il envoyait par fax le dessin d’un oiseau que le gamin adorait. « Passer du temps rien qu’avec mes enfants me manquait énormément. »

Alors, il y eut la promesse… « À partir de là, Delazad est devenu un as de la géographie. » Il apprend par coeur son Atlas du monde, toutes les capitales. Le jeune homme fait remonter à cette époque, à ses 8 ans, son intérêt marqué pour la politique et la lecture des journaux. Fou de documentaires, il suit le conflit israélo-palestinien et a manifesté, pendant un mois, en juin-juillet, pour « dénoncer ce qui se passe en Iran ».

Maintenir le lien parents-enfants

Dénoncer… Comme Reza au début des années 70, quand il était étudiant en architecture, à Téhéran : « Le Shah montrait dans les médias un Iran toujours prospère. Moi, je photographiais en cachette des scènes de pauvreté et je les collais sur les murs de l’université. Des attroupements se formaient pour les regarder. »

Arrêté, torturé pendant cinq mois « jour et nuit », il passe trois ans en prison et apprend le français dans la méthode Mauger, l’unique livre disponible de la geôle. Après la chute du régime, il photographie pour l’agence Sipa la Révolution, ses héros et leurs agissements : c’est lui qui « sort », en novembre 1979, les premières images de la prise d’otages à l’ambassade américaine. Deux ans plus tard, la répression se resserre. Il s’exile à Paris, sans espoir de retour…

Une pause dans le récit. Delazad boit les paroles de son père, homme magnétique… « J’apprends des trucs, là. » Reza ne dit pas tout à ses enfants. Leur a-t-il d’ailleurs raconté la rencontre dont ils sont nés ? Ce coup de foudre, en 1989, pour Rachel la Nîmoise, de presque vingt ans sa cadette ? Rachel, l’alter ego, qui met des mots sur ses photos, la « sédentaire », l’organisatrice en chef. « L’ancre », dit-elle.

Les Deghati forment une famille grand ouverte sur le monde. Reza prépare ses reportages des mois à l’avance, discute de ses voyages avec femme et enfants et les fait souvent venir sur le terrain, pour une quinzaine de jours de vacances. Delazad et Djanad connaissent ainsi la Libye, l’Égypte, Cuba, l’Arabie ; l’Azerbaïdjan aussi, où vit leur tante, styliste à Bakou.

Mais en Chine, l’an dernier, père et fils se sont « rencontrés vraiment, peut-être pour la première fois », assure Delazad. Ils ont « pris le temps de se parler, de se critiquer, se connaître ». Reza a trouvé chez son fils une « ténacité à raconter ce qu’il voyait, une grande sensibilité », un talent pour le ping-pong et le cheval ¯ prouvé en Mongolie. Delazad a découvert un père « plus fébrile » qu’il ne pensait, « surtout quand la police nous a arrêtés et menaçait nos caméras et appareils-photo ! »

Ils ont raconté leur périple dans un livre de correspondances avec Rachel (Chemins parallèles, le 27 août aux éditions Hoebecke) et dans un film (sur National Geographic Channel en novembre). Pour maintenir le lien parents-enfants qu’il craint de voir disparaître chez l’homo urbanus et témoigner de « nouvelles formes de contacts » (Ouest-France.20.08.09.)







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