• Accueil
  • > Archives pour le Vendredi 3 avril 2009

la pêche au chalut créent des remous

3042009

pche3.jpg 

Québec – Partout sur la planète, la pêche au chalut est dans la mire des environnementalistes, qui l’accusent de vider et d’abîmer les fonds marins. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement fédéral pourrait autoriser dès ce printemps le retour des chalutiers dans le golfe du Saint-Laurent. Les pêcheurs de turbot craignent de perdre leur gagne-pain.

«Si on suit la philosophie du ministère [Pêches et Océans Canada], dans quelques années, il ne restera plus grand-chose à pêcher. Nos enfants et les enfants de nos enfants vont devoir se trouver autre chose à faire. Les chaluts existent depuis une cinquantaine d’années et ils ont détruit la pêche un peu partout dans le monde. Ce ne sont pas les engins de l’avenir», s’emporte André Boucher, secrétaire de l’Office des pêcheurs de flétan du Groenland du Québec, en entrevue téléphonique à partir de Matane.

Son groupe fait de la pêche dite «à engins fixes». C’est donc dire que des filets sont déposés au fond de l’eau, puis remontés pour récupérer les poissons d’une taille suffisante pour être restés prisonniers entre les mailles. Le chalutier, lui, traîne un énorme filet en forme d’entonnoir (le chalut ou «engin mobile») sur les fonds marins. Quand il est plein, les captures sont triées sur le pont.

Dans le golfe, l’utilisation du chalut est restreinte depuis plus de 10 ans pour les poissons de fond, mais permise pour la crevette.

«Le turbot [nom commun du flétan du Groenland], c’est la seule espèce de poisson de fond un peu viable dans le Saint-Laurent. Si les chaluts rentrent là-dedans, trois ans, pis c’est fini», poursuit M. Boucher. Celui-ci dresse un parallèle avec la morue. Même si elle est à peine pêchée depuis le moratoire de 1993, les stocks ne se remettent pas de la pêche intensive subie dans les années 70 et 80.

Paul Nadeau, de l’Association des pêcheurs de la Basse-Côte-Nord, est aussi très inquiet. «Un chalut, ça gratte le fond avec des portes de bois ou de métal. Il se creuse des fossés et ça peut prendre des décennies à se replacer. [...] Ce n’est pas comme un pêcheur côtier qui laisse le poisson venir à lui sur une base saisonnière. En une semaine, un chalutier peut prendre ce que l’autre prend dans une année», décrit ce fils de pêcheur.

Dangers exagérés

Réginal Cotton, pêcheur de morue et président de l’Association des capitaines propriétaires de la Gaspésie, estime que les pêcheurs à engins fixes exagèrent les dangers du chalut et se battent plutôt pour préserver leurs quotas. Il explique que la vingtaine de détenteurs de permis d’engins mobiles se sont entendus pour une rationalisation de leurs effectifs. Ils ne seraient donc plus qu’une dizaine, tout au plus, à posséder un permis et «peut-être trois ou quatre» à prendre la mer pour pêcher du turbot.

Le capitaine de Rivière-au-Renard affirme que les taux de captures accidentelles des filets maillants sont sous-évalués et ceux des chaluts, surévalués. «Il faut que les gens se mettent dans la tête qu’il y a toujours un prix à payer pour faire de la pêche. [...] Oui, on détruit un peu de ressources, mais on a absolument besoin de ça pour continuer à vivre», dit-il.

Une étude de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, démontre toutefois que les prises accidentelles sont drôlement plus importantes avec le chalut qu’avec le filet maillant. La méthode la plus efficace est toutefois la palangre, un filet assorti d’hameçons et appâté en fonction de l’espèce visée.

M. Cotton précise que les chalutiers gaspésiens mesurent entre 50 et 60 mètres et que «le filet rentre dans une boîte de pick-up». Rien à voir, dit-il, avec les bateaux-usines facilement deux à trois fois plus longs qui mouillent dans les eaux internationales. «La technique est la même, mais on est tout petit, tout petit, tout petit.»

Patrick Vincent, directeur régional de la gestion des pêches et de l’aquaculture pour Pêches et Océans Canada, affirme qu’aucune décision n’a encore été prise quant au retour des chalutiers dans le golfe. Elle viendra du bureau de la ministre fédérale des Pêches, Gail Shea, probablement dans le prochain mois.

M. Vincent avance toutefois que la pêche au chalut «peut ne pas être si dommageable si elle est bien faite» et si elle est circonscrite sur un territoire donné à un moment de l’année bien précis. Il précise également que les stocks de turbot et autres flétans se portent plutôt bien dans le Saint-Laurent.

Chez Greenpeace, qui milite à l’échelle mondiale contre le chalutage de fond, l’heure est à la consternation. Beth Hunter, coordonnatrice de la campagne Océans, est déçue de voir que le Canada «s’apprête à revenir sur une bonne décision». «On revient toujours à la fragilité des stocks. Avec le chalut, il y a un fort taux de prises accessoires. On va juste empirer une situation déjà précaire», plaide-t-elle.

Mme Hunter dit comprendre que les pêcheurs de morue se cherchent de nouvelles sources de revenus, mais elle croit qu’il ne faut pas répéter les erreurs du passé. (La Presse)

 







robertlutz |
DOMANIA |
justice&criminalité |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | humanbeinginnature
| Biologie totale ICBT secte ...
| C'est le destin de lol_aaaa...